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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 19:00

RDVavec TOIAprès avoir longtemps hésité, Lorraine Fouchet s’est décidée à évoquer son passé et tenter de rendre à son père l’hommage qu’il parait mériter. Cette tâche est d’autant délicate que Lorraine a perdu son père alors qu’elle n’avait que dix-sept ans et que cette blessure est inscrite en elle, toujours vive et présente. Quand on lit son ouvrage, on comprend pourquoi, d’autant qu’elle apprend la terrible nouvelle par la radio !

Christian Fouchet nous apparaît comme le héros gaulliste de 1940 parti rejoindre le général à Londres la veille de l’appel historique du 18 juin… Son acte de bravoure est le début d’une carrière brillante, d’abord dans la résistance active, au cours de laquelle il va user de diplomatie, puis dans la politique, toujours dans l’ombre de De Gaulle. Fin diplomate, De Gaulle fera appel à lui pour se rendre dans une Algérie à feu et à sang. Il sortira des épreuves avec une certaine réussite qui lui vaudra de se retrouver finalement ministre de l’intérieur avec la lourde charge de gérer les évènements de 1968, puis ministre de l’éducation nationale, ministère où il sera à l’origine de belles réussites, telles le collège pour tous.

Christian Fouchet, s’il a quelques détracteurs n’en reste pas moins un homme qui a compté sous la 5èmeRépublique. Homme de confiance au tempérament bien trempé, il suivra le général De Gaulle sans jamais faillir, ni tourner le dos aux grands principes auxquels il croit. Amateur de littérature et de belles lettres, il écrira un roman inspiré de son passage comme Consul général à Calcutta et de ses souvenirs douloureux générés par sa visite des camps de concentration à la libération. Ce roman s’intitule « Le carnaval des lépreux ». Ainsi la boucle est bouclée. Lorraine semble tirer son goût pour la littérature de son père aimé.

Cette vie trépidante fait que Christian Fouchet se marie sur le tard avec Colette Vautrin, descendante de la famille Mercier en Champagne (lire à ce sujet le roman précédant intitulé Couleur Champagne qui nous dévoile de façon romancée l’avènement du Champagne populaire). De cette union naitra Lorraine...

Et Lorraine dans tout cela ? Il faut bien reconnaitre qu’avec un père aussi occupé et populaire, sa place n’est pas facile à trouver. Papa côtoie Le Général, son ami, dîne régulièrement avec Malraux et tous ces gens importants qui ont fait l’après-guerre. L’ombre de Saint Exupéry, mystérieusement disparu à la fin de la guerre et qui fut le compagnon de route de Christian Fouchet, plane interminablement sur l’entourage familial.

En fait, Lorraine est élevée par des « nannies » anglaises, et souvent en vacances chez sa grand-mère, dans le sud… Elle fréquente des établissements catholiques et, en raison de l’importance de son père, subit souvent le joug d’une protection rapprochée… Curieusement, sa mère semble assez lointaine et soumise aux obligations envahissantes du protocole.

Christian, le père, est souvent en déplacement ou absent. L’amour qu’éprouve Lorraine pour lui parait difficile à manifester d’autant que l’aura de ce père prestigieux écrase les velléités affectives de la petite fille bien élevée selon les principes de la haute bourgeoisie d’après-guerre.

Sa quête au travers des carnets de son père semble avant tout destinée à comprendre celui qu’il a été et quelle importance elle pouvait avoir, elle, à ses yeux. En cherchant son père, elle cherche les traces de cet amour qui parait évanescent au lecteur. Ce père est une ombre forte, mais une ombre… L’homme public semble avoir dévoré l’homme tout court. Sa disparition subite et subie par Lorraine a laissé un sentiment d’insatisfaction affective.

Malgré tout, Lorraine Fouchet met beaucoup d’humour dans sa quête. Elle fait preuve de beaucoup de discernement et de réalisme, qualités qu’on pourrait lui envier. Partie à la recherche de ce père presque trop grand pour elle, elle creuse son propre sillon car elle sait ce qui compte : ce n’est pas le chemin qu’on prend mais le but qu’on veut atteindre.

Pratiquement tous les romans de Lorraine évoquent la mort d’un père. Evidemment, ce n’est pas le hasard si son œuvre revient sur sa propre tragédie. Ce qui est unique, c’est d’avoir pu construire une œuvre à partir de ce drame. Lorraine est profondément humaine, ouverte aux autres et au monde. Elle dégage une grande joie de vivre et manifeste toujours un grand plaisir à faire de nouvelles rencontres. Elle ne parait jamais blasée. Elle est chaleureuse et toujours authentique et cela transparait toujours dans ses ouvrages. Je pense que c’est aussi cela que viennent chercher ses lecteurs fidèles au travers de ses lignes. Petite remarque personnelle à ce sujet pour terminer : Lorraine évoque à plusieurs reprises ses lectrices ! J’ai sursauté à chaque fois ! Et les lecteurs, alors ???

 

Michelangelo 2014

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Published by MichelAngelo - dans Romans
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