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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 18:05

Un juge et un banquier se retrouvent dans un appartement luxueux de Buenos Aires pour une orgie avec deux travestis, une jeune prostituée, de l’alcool et de la drogue à gogo. L’affaire tourne court, la prostituée mourant d’une overdose.

Le mac qui a organisé la fête ramène tout son monde et tente d’effacer toutes traces de cette soirée dramatique… Mais dans les milieux sombres de l’Argentine corrompue, rien n’est jamais simple. La scène a été filmée en caméra cachée et la cassette a disparu. Flics et voyous vont tenter de la retrouver…

La liste des décès par mort violente s’allonge au fil de l’enquête menée par deux flics  corrompus, l’un étant obsessionnel,  l‘autre ex-tortionnaire de la junte militaire des grandes années de la dictature militaire ! Leurs méthodes n’ont rien à envier à celles des voyous croisés sur leur chemin.

L’intrigue est magistralement menée par l’auteur qui organise un chassé-croisé entre les divers protagonistes où les préjugés des uns et des autres ainsi que les hasards des rencontres vont créer une atmosphère frénétique et violente. Le dénouement arrivera par la force des choses, et certainement par l’esprit ou la capacité de réflexion des personnages qui pataugent dans la médiocrité intellectuelle et morale.

German Maggiori ose tous les excès pour brosser un tableau accablant d’un pays en devenir mais qui patine sur ses vieux démons. Le sexe, la violence, la drogue et la corruption sont servis sans maquillage, éclairés par une lumière vive et blafarde jusqu’à apporter la nausée au pauvre lecteur non préparé ou naïf. Le style est incisif,  direct, le vocabulaire brutal et souvent grossier. Heureusement, l’humour n’est jamais loin, volontaire ou non, pour adoucir le breuvage volontairement nauséabond.

Le manque d’humanité et de commisération de l’ensemble ainsi la part de hasard qui décide souvent de la vie des personnages me fait penser à l’excellent film de Tarantino, Pulp Fiction. C’est un peu comme si l’Amérique selon Tarantino était transposée en Argentine. Pour moi, il ne fait aucun doute que German Maggiori a été plus influencé par ce cinéma que par les auteurs américains tels Ellroy ainsi qu’il est indiqué en 4ème de couverture de la version française. C’est du moins mon sentiment et il n’engage que moi.

Néanmoins, et pour conclure, j’ai éprouvé un grand plaisir à cette lecture vigoureuse et sans complexe, plus noire que nature mais parfois si proche de ce que l’humanité a de pire en elle… principalement lorsqu’on laisse le pouvoir aux seuls hommes !

 

Michelangelo 2017-08-04

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 11:00

Qui est Vernon Subutex ? Voilà une question essentielle qui devient le fil conducteur d’une épopée contemporaine dans le Paris des excès en tous genres. Vernon a longtemps été disquaire jusqu’au moment où l’avènement du compact-disque l’a ruiné ainsi que tous ses semblables. Parfait connaisseur du monde rock, il côtoyait les figures emblématiques du genre et possède une culture inégalable sur le sujet. Il a longtemps partagé l’amitié du célèbre chanteur rock Alexander Bleach, un clone de Jim Morrison (mort à Paris à l’âge de 27 ans)…

Ce même Alex disparaît tout aussi brutalement en laissant à Vernon les cassettes enregistrées de ses confessions réalisées sous l’empire de l’alcool et de la drogue… Hélas, Vernon chassé de son domicile, aux abois et ayant perdu jusqu’à son RSA, laisse ces précieux documents en gage entre les mains d’une amie avant d’errer d’hébergement en hébergement temporaires et instables, chez des amis ou anciennes relations féminines, pour finalement se retrouver à la rue… Là commencera la légende de Vernon Subutex. C’est du moins ce que j’imagine à la fin de ce premier opus…

Le style de Virginie Despentes colle parfaitement au sujet. Il est incisif, carré, voire violent à certains égards. L’étude du milieu laisse entrevoir un univers de personnages souvent marginaux, atypiques pour le moins, voire psychiquement instables et addicts aux drogues les plus variées, dont le sexe ! Vernon est un peu caricaturé dans son rôle d’ancien disquaire fan de rock (il pourrait ressembler au guitariste des Stones), les femmes sont souvent hystériques et les hommes assez machos malgré un discours libéré. Mais c’est souvent ainsi dans notre monde policé mais dévergondé en coulisses.

Ce qui retient particulièrement l’attention dans cet ouvrage, c’est la grande qualité presque cinématographique de l’immersion dans l’univers parisien avec ses contradictions, ses addictions variées, ses préjugés. C’est un roman citadin au sens fort du terme. L’apogée en revient à cette situation de SDF si bien décrite, comble de la déchéance dans les grandes métropoles, déchéance que chacun craint de vivre un jour au détour d’une suite de hasards malheureux que la vie s’ingénie à inventer (perte d’emploi, divorce, maladie…). La précarité est devenue un symbole majeur de la ville au même titre que la réussite sociale, son pendant.

Terriblement actuel, ce roman donne des pistes de réflexion, une grille de lecture originale sur notre monde ; C’est probablement ce qui fait sa force. En allant au-delà de la trame romanesque (bien mince en vérité), on baigne avec satisfaction et appréhension dans un océan d’humanité fébrile, à la fois pitoyable et magnifique. Virginie Despentes rend un hommage fasciné et fascinant pour une cité de tous les excès comme Giono en son temps rendait hommage à la vie rurale et paysanne surannée mais tellement humaine.

A n’en pas douter, cette série restera un temps fort de la littérature actuelle comme un témoignage d’une époque qui se cherche et dont les dieux éphémères sont autant de miroirs aux alouettes. Ce qui compte, c’est l’humanité dans ce qu’elle est grande et mesquine, petite mais chatoyante. Je vais entreprendre la lecture des opus deux et trois. Il me tarde de savoir jusqu’où Virginie Despentes va entraîner le lecteur…

 

Michelangelo 2017-06-27

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 17:27

Un jeune enfant, Brian, est enlevé en plein Manhattan la veille de Noël. Il a vu une femme ramasser le portefeuille de sa mère tombé à terre, et a décidé de suivre cette voleuse, se dirigeant inévitablement au-devant de graves déconvenues. C’est surtout que le portefeuille contient une médaille de Saint Christophe censée protéger la famille depuis que le grand-père de Brian a survécu à la Grande Guerre grâce à ce médaillon…

Son grand frère Michael et sa mère Catherine, s’apercevant de la disparition de Brian, vont partir à sa recherche sans résultat. Commence alors une enquête haletante, si l’on peut dire, dans laquelle il est question d’un évadé dangereux, d’une pauvre sœur désespérée et d’une famille préoccupée par l’opération gravissime que doit subir un papa parfait et courageux.

Une fois encore (après « Une si longue nuit »), Mary Higgins Clark répond à la demande de son éditeur qui souhaite un beau conte de Noël. L’auteure, avec les qualités qu’on lui connaît, rédige cette petite histoire bien mignonne à la fin sans surprise, aux personnages stéréotypés et à l’ambiance un peu sirupeuse.

L’enquête ne présente pas grand intérêt, le dénouement arrivant tout seul et sans réels efforts de la part de la maréchaussée… Il faut faire court et typiquement américain. Des bons, un très méchant, des enfants pour attrister dans les chaumières. Pari réussi ! L’ouvrage n’est pas mémorable mais on pourra trouver un certain plaisir à se laisser embarquer dans cet univers bien cadré comme sait en offrir Mary Higgins Clark à ses lecteurs qui lui pardonnent tout, même la facilité.

 

Michelangelo 2017-06-14

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 16:47

A la veille de Noël, Sondra est désespérée. Jeune étudiante, elle décide d’abandonner son bébé devant l’église Saint Clément à New-York avec le souhait que le prêtre de la paroisse le recueille et lui offre une meilleure vie. Mais tout ne se passe pas ainsi, et l’enfant est enlevé par un criminel qui rôdait…

Sept ans plus tard, Sandra se décide à retrouver la trace de son enfant et fait appel au couple de détectives amateurs que sont les Meehan.

Roman de commande, Mary Higgins Clark écrit ce petit conte de noël plein de bons sentiments avec savoir-faire et permet au lecteur de retrouver ses détectives fétiches que sont Alvirah et Willy.

Malheureusement, la trame est banale et la fin attendue. On comprend très vite que cette enquête est destinée à finir dans l’allégresse, que les méchants ne sont pas si méchants, les gentils toujours gentils et prêts à pardonner. L’intuition d’Alvirah, l’enquêtrice, permet surtout d’avancer rapidement dans l’intrigue cousue de fil blanc, parsemée de petits cailloux, et arriver au dénouement le soir de Noël.

Cet ouvrage peu ambitieux et mignonnet est réservé aux inconditionnels de l’auteure. Pour ma part, j’aurai vite oublié cette bluette sans aucune densité.

 

Michelangelo 2017-06-14

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 18:37

Hervé Commère est un écrivain de polars atypique qui monte dans la hiérarchie des grands du genre. Je l’ai tout de suite senti à la lecture de ses premiers ouvrages et cette impression s’est confirmée lors de nos deux rencontres fugaces mais riches… Il émane de cet homme une aura indéfinissable faite de bienveillance et de doute qui ne laisse pas indifférent.

Ce dernier roman qui navigue entre policier, étude historique, étude sociale et psychologie, confirme tout le bien que je pense de cet homme que j’ai trouvé bien trop modeste (l’est-il resté ?), au regard acéré et à l’écriture brillante.

Le soir de la victoire des bleus à la Coupe du Monde, en juillet 1998, trois jeunes prêts à dévorer la vie à pleines dents renversent une jeune femme et cachent leur méfait. Une autre femme est violée par un vendeur de jouets qu’elle connaît (situation à la limite du grotesque inimaginable avec un personnage au visage enfantin et à mille lieues de ce qu’il pourrait inspirer de par sa profession).

Ce nœud temporel va être un point d’arrêt pour les protagonistes et les victimes. Leur vie va continuer en apparence mais l’enquête menée presque vingt années après par William, brillant commissaire et la vente de l’entreprise familiale et paternaliste Cybelle dans le Nord, vont révéler une toute autre réalité.

Qui osera aller de l’avant, dépasser la honte et la douleur profondément enkystées comme de diaboliques cancers ? Où est la vérité ? Qui ment, qui parle juste ? Que cherche William ? La vérité ou sa propre légitimité ?

La création après la première guerre mondiale, puis la célébrité de la Maison Cybelle permettent aux fondateurs d’offrir aux ouvriers et à la petite ville normande de Vrainville une sécurité sans équivalent. La désindustrialisation, la mondialisation et les rachats par les fonds de pensions américains vont faire voler en éclats cette tranquille permanence de plus de soixante ans. Hervé Commère en fait un décor subtil et réaliste dans lequel il tisse une toile où le lecteur va se trouver l’heureux prisonnier d’une intrigue riche et complexe.

Comme à son habitude, Hervé Commère utilise un style cinglant, vif et taille dans la masse, bousculant au passage son lecteur qu’il ne ménage pas. Sa présence, l’aspect introspectif de l’auteur sont forts et ne laissent pas le lecteur indifférent. L’émotion est bien là qui grandit au fil des pages. Et que dire du dénouement si ce n’est qu’il ouvre des portes sans donner de solution tangible ?

Le fil conducteur est existentiel sans être existentialiste à la manière d’un Sartre. C’est le même qui préside, de façon plus ou moins visible, au déroulement des romans d’Hervé Commère. Il nous rappelle constamment que l’on n’est pas complètement maître de son destin, que l’on regarde trop souvent en arrière par peur de regarder en avant, que la vie, c’est devant et pas ailleurs, que le futur se dessine et qu’on n’y échappera pas. On verra… (*)

Cette philosophie reçoit un écho particulier au moment où les français choisissent de bousculer des habitudes politiques qui font plus penser à un repli sur soi qu’à une grande ouverture sur le Monde et les Autres pour aller vers un inconnu pas encore imaginé. Hervé Commère serait-il, à sa façon, un écrivain politique engagé ?

 

Michelangelo 2017-05-20

 

(*) Citation : On ne voit jamais tout complètement, on avance, on ne sait pas. On verra. Page 396

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 10:55

Grâce à son ami Liam, la jeune Maggie Holloway est heureuse de retrouver sa belle-mère Nuala après vingt années de séparation. Malheureusement, Nuala est sauvagement assassinée chez elle. Maggie veut comprendre ce qui lui est arrivé, d’autant que Nuala semble avoir décidé de façon soudaine de modifier son testament et de ne pas maintenir sa demande d’entrée dans la somptueuse et coûteuse maison de retraite nommée Latham Manor et dirigée par le docteur Lan. Héritière in extrémis de la grande maison de Nuala, et trop curieuse aux yeux de beaucoup, Maggie va être l’objet de toutes les attentions, bienveillantes comme malveillantes. Quel rôle joue Liam, et Earl Batemann, le passionné d’histoires morbides sur les enterrements à l’époque victorienne, créateur d’un musée sur le thème de l’inhumation à travers les âges et les sociétés ? Pourquoi cinq femmes résidant à Latham Manor sont-elles brusquement décédées dans leur sommeil dernièrement ? Enfin, pourquoi Maggie se retrouve-t-elle enterrée vivante ?

Comme à son habitude, Mary Higgins Clark se montre habile pour construire une intrigue originale qui tient le lecteur en haleine. Pour ce faire, placer une enterrée vivante dans le premier chapitre est une accroche parfaite, même si on peut juger l’effet un peu facile. Les personnages ne brillent pas par leur originalité, hormis Earl Batemann (jusque dans son nom homophone du super-héros américain) et son goût pour la mort qu’on pourra juger un peu caricatural.

L’analyse sociologique tient dans la description d’une société américaine fortunée et ses travers, comme ce goût immodéré pour le luxe, allant jusqu’à se ruiner pour obtenir une place dans une maison de retraite au tarif exorbitant. La relation à la mort est juste évoquée et demeure un artifice littéraire pour donner de la consistance dramatique au propos.

N’attendez pas une satire du modèle américain ou une analyse psychologique fouillée. Ce n’est pas dans ce roman qu’il faut attendre un grand chambardement de l’écriture de l’auteur qui ne s’engage pas et reste très consensuelle à dessein. On est loin des auteurs actuels plébiscités, qu’ils soient américains, français, suédois ou islandais et dont les récits ont une véritable épaisseur.

Ce roman n’est pas le meilleur de Mary Higgins Clark, il restera un cru moyen. Malgré tout, en bon artisan de l’écriture, elle réussit à emmener son lecteur jusqu’à l’épilogue qu’elle termine par cette sentence bien à propos tirée du moyen-âge : Le livre est terminé. Au lecteur de jouer !

 

Michelangelo 2017

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 16:00

J’avais cru le cycle Erlendur terminé, mais l’auteur ramène son enquêteur fétiche si particulier sur le devant de la scène dans un polar islandais à l’ambiance si typique ! Pour ce faire, retour aux sources en 1979… Arlendur vient de divorcer et de rentrer dans la Criminelle.

A Reykjavik, un homme est retrouvé mort dans le lagon bleu. C’est un ingénieur aéronautique qui travaillait sur la base américaine tant contestée de Keflavik. Nous sommes encore en pleine guerre froide, et les relations entre police militaire américaine et islandaise sont tendues. D’autre part, Erlendur enquête en parallèle sur la disparition d’une jeune fille aux abords du camp dans les années cinquante. Les deux faits auraient-ils un rapport ? De tensions palpables en interrogatoires tous azimuts, Arlendur et sa patronne Marion vont tenter de retrouver le ou les coupables.

L’écriture est bonne et mêle habilement faits historiques, sociologie et psychologie. On retrouve avec plaisir ce brave Arnaldur passionné (déjà !) par les disparitions inexpliquées, victimes du rude climat islandais ou de circonstances inexplicables.

La recherche historique sur cette occupation américaine d’après-guerre est sérieuse et bien documentée. Les relations entre autochtones et envahisseurs bien dépeintes.

De mon point de vue, ce qui reste le plus faible dans ce roman, c’est la qualité de l’intrigue policière qui reste plutôt accessoire et peu captivante. Le décor, le cadre historique et les relations entre les personnages l’emportent sur l’intérêt de l’enquête. L’intérêt pour le lecteur réside dans la possible liaison entre les deux enquêtes menées de front avec un décalage de quarante ans.

En résumé, voilà un roman bien écrit par un auteur brillant qui tarde à renouveler son écriture. Reprendre le personnage principal après l’avoir fait voyager dans le temps était un pari risqué tout juste réussi. Mais on peut beaucoup pardonner à Indridason qui reste un des maîtres du polar islandais !

 

Michelangelo 2017-04-26

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 14:45

Thomas est parti très vite après ses études de médecine faire de l’humanitaire. Pour cela, il n’hésite pas à quitter la femme qu’il aime. Les missions s’enchaînent. Puis il s’installe en Inde. Il côtoie la misère quotidienne et les malheurs des villageois.

Plusieurs années s’écoulent, il lie des liens d’amitié très forts avec les indiens. C’est alors qu’il apprend que la femme qu’il a laissée en France a eu une fille maintenant âgée de 20 ans, Emma. Thomas va partir à la rencontre d’Emma qu’il ne connaît pas, n’a pas vue grandir et pourtant lui ressemble tellement.

Arrivé en France, il va prendre le poste de directeur d’une maison de retraite bien particulière qui possède l’avantage de se situer non loin de la demeure d’Emma et sa mère. Bien des surprises attendent Thomas qui est maladroit, décalé et pourtant débordant de tendresse et d’empathie pour ses prochains.

Fidèle à son mode d’écriture, Gilles Legardinier utilise une situation assez banale au départ pour fabriquer un scénario souvent loufoque avec des personnages hauts en couleurs et attachants. Son style est alerte et on ne s’ennuie jamais. Quelques belles remarques de bon sens viennent ponctuer le déroulement de l’histoire et l’humour, voire l’autodérision ne sont jamais bien loin (j’en ai relevé certaines que vous trouverez en fin de critique).

Malgré tout, cette comédie dans la veine des Demain j’arrête ou Complètement cramé épuise un peu le lecteur qui espère aussi trouver une nouveauté, un vrai renouvellement.

Certes, je ne renie pas le plaisir qu’on éprouve à suivre les péripéties inventées par l’auteur pour régaler son lecteur, mais je ne peux également que ressentir une certaine lassitude devant la débauche d’invraisemblances prodiguée pour obtenir du cocasse et du comique de situation. Par exemple, peut-on décemment imaginer une maison de retraite coincée entre une friche industrielle et une casse automobiles, avec seulement six résidents tenue par un médecin et une infirmière ? C’est si peu probable qu’on peine à trouver la crédibilité de tout ce qui va s’y dérouler.

Vous l’aurez compris, je reste sur ma faim. C’est un bon petit roman, sérieusement travaillé, habile et bien construit. C’est ce qui fait le succès de son auteur et j’aurais mauvaise conscience à me montrer dédaigneux à son égard.

Malgré tout, convaincu des grandes qualités littéraires de Gilles Legardinier, je peux exprimer le souhait de le voir, un jour, écrire un vrai roman digne d’un grand prix. Un peu comme nos bons auteurs français ont pu le faire : Daniel Foenkinos avec Charlotte (Prix Goncourt des Lycéens) ou Pierre Lemaître avec son Au revoir de là-haut (Prix Goncourt). Il en est capable et nous le prouvera, j’en suis presque certain !

A noter en fin de roman, une conclusion où l’auteur s’adresse directement à son lecteur avec conviction, sincérité et enthousiasme. Un joli moment d’humanité propice à la réflexion.

 

Michelangelo 2017-02-28

 

 

Page 306

Choisis ton combat. C’est le meilleur moyen de le gagner. Et ne t’oublie jamais en le menant. Les gens heureux guérissent bien plus de monde que les gens seuls.

Page 362

Un cerveau d’homme ne peut jamais suffire à répondre aux problèmes que les femmes soulèvent.

Page 469

Je ne sais pas pour vous mais moi, j’ai souvent l’impression d’être perdu sur le chemin. Suivant le moment, nous sommes tous cet ignorant qui regarde ceux qui savent en espérant qu’ils nous révèleront le moyen de survivre. Et nous avons tous des petits que nous pouvons aider, qu’ils soient de notre sang ou pas. Parfois, les anciens sont novices et ce sont les petits nouveaux qui peuvent nous en remontrer.

Page 472

Nous ne sommes peut-être pas grand-chose, mais on aime de toutes nos forces. On est gentils, mais un petit coup de pied dans la tronche de ceux qui vont trop loin n’est jamais à exclure. Elle est pas belle, la vie ?

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 11:21

Toussaint et Thérèse sont des enfants de l’après-guerre. Ils vont tomber amoureux fous en pleine adolescence, puis se séparer.

Lui par manque de courage et de volonté, à la manière de ces amourettes de vacances qui s’étiolent comme les cartes postales qui les accompagnent à une époque où les échanges épistolaires n’ont pas été supplantés par les textos.

Elle, victime d’une famille juive avec un père rabbin qui a échappé aux camps de la mort et ne conçoit pas une union en dehors de son peuple. Chacun va renoncer à sa façon aux promesses juvéniles d’amour éternel et exclusif pour traverser la fin du vingtième siècle chacun de son côté.

Toussaint devient un brillant correcteur estimé. Il se mariera avec Noëlle, et aura deux enfants qui vont s’épanouir dans l’abondance et la révolte, puis finira par divorcer et se retrouver seul alors que le poids des années et la forme de fatalisme qu’il a développée pèsent sur son avenir incertain.

Thérèse restera, d’une certaine façon, fidèle à son engagement précoce, sera mariée à un juif pratiquant intégriste qu’elle quittera faute d’amour et sans enfant. Cet enfant tant espéré lui viendra d’un inconnu rencontré par hasard. Enceinte, elle se retrouve à nouveau seule et connaitra l’amour libre et des déconvenues nombreuses qui n’altèreront pas sa force de caractère et ses convictions. Fonctionnaire, elles ne sombrera pas dans la facilité ou la dépression alors même que les raisons de lâcher prise ne manquent pas.

Quarante ans après leur séparation, Toussaint et Thérèse vont se retrouver par hasard. Mais que reste-t-il de cet amour authentique, limpide et éphémère de jeunesse ?

Je m’aperçois soudain que je viens de raconter peut-être plus que nécessaire. C’est que je suis encore sous le coup de l’émotion. Cette histoire est si vraie, si poignante. Elle me parle tellement, à titre personnel en regard de la période concernée qui est celle que j’ai vécue. J’ai été, l’espace de deux jours, transporté par les faits historiques et les émotions qui sont miens aussi. Je me suis un peu identifié à ce Toussaint parfois cynique mais tellement touchant et prévenant avec les siens même s’il paraît parfois bourru. On ne devrait pas se laisser aller à ce point quand on veut rester objectif, mais cette rencontre avec cet éternel chercheur de perfection qui lutte contre son addiction à la cigarette et contre son désespoir me ressemble tant !

Vous l’aurez compris, ce roman est pour moi comme une révélation, un partage émotionnel sans pareil. L’auteur a su mettre les mots qu’il fallait, bâtir une intrigue forte en mêlant la force du temps et le pouvoir de ces souvenirs amoureux oubliés. Son Toussaint traverse la vie à la manière de l’étranger de Camus. Balloté par les évènements il aura toujours du mal à prendre son destin en main. Thérèse a une vie moins facile mais ne s’avoue jamais vaincue. C’est l’antithèse de Toussaint. C’est aussi cette rencontre renouvelée et les évènements qui se précipitent qui donneront du corps à ce roman.

S’il faut trouver un petit reproche à cette œuvre, elle se trouve du côté de l’écriture. L’auteur soigne son vocabulaire, parfois à l’excès. Il fabrique des phrases parfois tellement alambiquées qu’il faut les relire deux fois pour en saisir le sens intime. Malgré tout, émergent ici ou là une merveilleuse poésie et un sens de l’émotion qui ravissent le lecteur. La fin est tellement bouleversante et elle sonne tellement juste que je n’ai pas résisté aux larmes qui m’ont envahi.

Je remercie Babelio et les éditions HC (et tout particulièrement la personne qui m’a souhaité une bonne lecture sur une carte de visite de l’éditeur si impersonnelle et dont je ne connaitrai jamais le nom) sans lesquels je serais peut-être passé à côté de ce formidable petit roman.

 

Michelangelo 2017-02-03

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 17:31

Fin décembre 1999, deux tempêtes mémorables qui ont balayé la France, causant des dégâts inégalés sous nos contrées. Dans ce contexte exceptionnel, le jeune Rémi disparaît. Dans le petit village de Beauval, où tout le monde se connaît, l’événement prend une ampleur faite de stupeur, de suspicion et d’incompréhension.

Antoine, jeune collégien un peu taciturne et solitaire va se trouver au centre de ce drame dès l’instant où il voit son voisin, le père de Rémi, abattre son chien froidement d’une balle de fusil de chasse et placer la pauvre bête dans un sac poubelle qu’il jette sur le tas d’ordures. La cruauté du geste provoque un cataclysme psychologique qui va emmener Antoine sur des rives très dangereuses.

Pierre Lemaître aborde un thème banal (l’enlèvement probable d’un enfant, voire sa séquestration ou son assassinat) d’une manière originale. La collusion entre les faits d’actualités (les tempêtes de 1999) et le récit romanesque s’imbriquent avec savoir-faire. Les trois jours relatés au début du roman déterminent l’enchaînement des faits jusqu’à nos jours. Le coupable idéal, M. Kowalski et la vie affective complexe d’Antoine au fil des années vont servir de trame à une intrigue simple et pourtant passionnante.

Ce roman met en avant la psychologie des personnages, insiste sur les traits de caractère des uns et des autres et fait la part belle au remords, au sentiment de culpabilité. On y voit poindre également des secrets de famille bien cachés qui ne demandent qu’à le rester.

Lire Pierre Lemaître, c’est pénétrer dans un univers avec ses codes, sa grille de lecture fataliste, parfois jusqu’au désespoir. Les personnages y sont souvent condamnés à l’exil, la mort ou le renoncement. La fin est souvent tragique, rien ne vient extraire les héros du marasme où ils sont plongés. Les histoires sont à l’image de la vraie vie, impitoyable et souvent cruelle. Les bons sentiments peuvent poindre par petites touches, mais la noirceur l’emporte toujours sur les éclaircies fugaces. L’ironie plus que l’humour a force de loi. J’oserai dire que Pierre Lemaître écrit des romans dans le même esprit qu’Emile Zola, en fin connaisseur de la nature humaine et des limites qu’elle s’impose et que le simple fait d’exister impose à chacun.

Pour conclure, ce petit roman n’est certainement au niveau de son prix Goncourt (Au-revoir de là-haut). Il est à réserver aux inconditionnels de l’auteur qui lui pardonneront de ne pas écrire deux chef-d ‘œuvres consécutifs, ou aux novices qui souhaiteraient découvrir un auteur incontournable du roman noir à la française !

 

Michelangelo 2017-02-02

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