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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 17:34

Valdemar est un jeune étudiant islandais qui se rend à Copenhague pour suivre les cours de littérature et histoire nordiques à l’Université. Nous sommes en 1955. Il se présente au professeur responsable de la section avec une lettre de recommandation.

La réaction de celui-ci n’est pas celle qu’il attendait ! Taciturne, volontiers grossier, probablement alcoolique, et très éloigné des conventions feutrées  du milieu universitaire, le professeur l’envoie sur les roses avant de lui proposer de participer à une aventure rocambolesque digne d’un opus d ‘Indiana Jones !

Il est en effet urgent de retrouver un livre très ancien, fondateur de la société islandaise, qui a semble-t-il été dérobé par un groupe néo-nazi qui y voit les prémices d’une culture germanique authentique où Wagner lui-même a pris son inspiration dans ses compositions les plus connues.

Ils vont tous deux, le professeur et son étudiant Valdemar, mener une véritable enquête pour parvenir à leur fin, voyageant en  Europe par tous les moyens et parfois au péril de leur vie afin de rapporter Le livre du Roi. 

La part de vérité est attestée par l’authenticité des documents historiques évoqués dans le roman. Arnaldur Indridason est féru d’histoire islandaise et ses compétences dans ce domaine sont évidentes. Le livre du Roi est le Saint Graal islandais et ses deux héros courent non vers une chimère mais bel et bien vers un document réel dont seule la disparition supposée est fictive.

Arnaldur Indridason n’hésite pas à évoquer l’histoire de la littérature islandaise dans de longs passages. Cela est semble-t-il parfois un peu indigeste bien que nécessaire à la compréhension de l’ensemble.

Les personnages m’ont paru caricaturaux. Les méchants nazis sont très méchants, et le professeur et son étudiant ressemblent étrangement à Indiana Jones et son père… avec un Indiana Jones cette fois peu courageux qui se contente de suivre le flot des évènements dans le sillage de son père spirituel.

Le rythme est enlevé et laisse peu de place à la réflexion, hormis les digressions culturelles déjà évoquées.

L’intrigue est très classique et  non génératrice de surprises. Le dénouement n’est autre que celui qu’on pouvait imaginer au début de l’aventure.

Vous aurez compris que ce roman est loin de m’avoir conquis. Il est très éloigné des polars qui mettent en scène  le commissaire Erlendur, alors même que l’auteur laisse transparaitre sa passion pour la culture islandaise, comme il le fait dans chacun de ses ouvrages. Erlendur a une densité qu’on ne retrouve pas ici. Le propos est intéressant mais nullement passionnant avec son air de déjà lu…ou vu ! Le thème de la quête, mille fois repris, est un écueil que Arnaldur Indridason n’aura pas surmonté ni transcendé !

 

Michelangelo 2017-10-19

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28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 10:49

Manu et Nadine sont deux femmes quarantenaires désespérées qui vont se retrouver par hasard dans leurs déambulations folles. De cette rencontre improbable devant une gare la nuit va naître une forme d’amitié féroce qui va tout détruire autour d’elle.

Ce lien très puissant qui va les unir pour quelques jours, aussi brusque que total, va catalyser toute leur amertume envers la vie, la déconsidération de la femme chez une frange d’hommes avides et chasseur de proies sexuelles consentantes (de gré ou de force). La relation déformée qu’entretiennent les deux amies avec la sexualité, les hommes, la drogue et l’alcool va se trouver exacerbée et portée à un paroxysme vengeur et délétère. Le voyage infernal commence, scandé par une musique rock violente. Les morts vont se succéder à un rythme effréné jusqu’au dénouement prévisible…

Le road-trip a un goût de déjà lu ou déjà vu. On en a de nombreux exemples en référence. Ce qui est assez novateur, c’est d’avoir accentué cette fuite en avant sans ménagement pour le lecteur. Les faits sont bruts, violents et à la limite de l’entendement. Les filles tuent souvent sans raison des innocents et seul l’humour dont elles font preuve sauve la situation. Novateur ne signifie pas forcément de bon goût et à ce sujet, j’ai parfois des doutes. Certes, la réalité dépasse parfois la fiction, mais Virginie Despentes pousse le bouchon un peu loin.

Au-delà des incohérences et du discours à l’opposé de la bienséance, l’auteur offre à notre vision d’érudit tranquille (je parle du lecteur moyen que je suis) un tableau nihiliste sorti d’un monde qu’on veut ignorer : celui de la dépravation et de l’obscénité ordinaire.

Les deux héroïnes sont révoltées contre leur misérable condition et vont organiser une descente aux enfers aussi infernale que peu réfléchie basée avant tout sur le ressenti et l’instinct immédiat qui, comme chacun le sait, est mauvais conseiller. Cette fuite en avant ne saurait à elle seule fabriquer une intrigue propice à la réflexion. C’est peut-être le défaut de cet ouvrage. Il donne à voir, il esquisse des réponses, mais le maelström dans lequel le lecteur se trouve entraîné envahit tout l’espace.

Il reste qu’un tel roman ne peut laisser indifférent. Son succès en est la preuve. Premier roman de Virginie Despentes, il est l’élément fondateur d’une façon d’écrire qui ne sera pas démentie dans les romans suivants. L’auteur s’est fait une place de choix dans l’univers impitoyable de l’édition par son style et sa vision du monde à la fois dérangeante et hélas parfois si vraie et cruelle.

 

Michelangelo 28/09/17

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25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 16:51

Ce roman est une suite Des Chaussures italiennes mais peut être lu indépendamment.

Le docteur Fredrik Welin est un retraité septuagénaire qui vit sur une petite île de la Baltique située dans un petit archipel principalement habité de personnes âgées et solitaires en dehors de la période estivale. La maison qu’il habite est la maison construite par ses grands-parents il y a fort longtemps.

Un matin Fredrik se réveille en sursaut, alerté par une vive lumière qui n’est autre que l’incendie de sa maison ! Il a juste le temps de débouler les escaliers et atterrir dehors pour regarder sa maison disparaître dans le brasier. Tous les amis des alentours se précipitent, alertés par les flammes, et arrivent sur leurs bateaux pour lui porter secours. Mais tout est détruit.

Fredrik a tout perdu en quelques heures… Malgré le réconfort de son ami Jannsson, postier à la retraite toujours prêt à rendre service, et les paroles de réconfort du voisinage, il se voit bien seul et perdu ! Il ne lui reste que la caravane de sa fille Louise dans le jardin pour unique abri.

Ce dernier coup du sort s’ajoute à son désarroi face au vieillissement et il s’interroge sur l’utilité de continuer à vivre dans ces conditions. Pourtant, le retour inattendu de Louise et la présence de la jeune et jolie journaliste Lisa Modin lui permettront peut-être de dépasser son mal de vivre et soigner son désespoir actuel.

Mais tout n’est pas simple. Les révélations de Louise, la rumeur qu’il aurait lui-même joué au pyromane pour encaisser une bonne prime d’assurance, l’enquête engagée par la police et l’attitude ambigüe de Lisa face à ses avances vont le déstabiliser jusqu’au surprenant dénouement…

Le rythme du roman est assez lent, comme bercé par les flots de ce magnifique paysage décrit avec l’amour de l’auteur pour cette région unique et surprenante.

L’intrigue se met doucement en route, parasitée (dans le bon sens du terme) par une analyse psychologique fouillée des personnages et surtout du héros. Ici, ce n’est pas un défaut puisque le principal fil conducteur est composé des errements de Fredrik en proie au doute, aux regrets et à l’appréhension de la mort qui porte son ombre sur sa vie crépusculaire.

Ses tentatives pour renouer avec le passé, avec sa fille, et tisser des liens d’amour avec la belle journaliste Lisa vont émouvoir le lecteur d’autant que la retenue et la qualité d’écriture de l’auteur évitent un pathos caricatural ou larmoyant.

On est d’autant plus saisi à cette lecture qu’on ne peut s’empêcher de voir Henning Mankell lui-même derrière ce médecin en plein désarroi face à sa fin prochaine. On l’est d’autant plus que c’est, de fait, l’ultime roman d’Henning Mankell qui décèdera quelques mois après sa parution…

J’ai pratiquement lu ce livre d’une traite, tant il m’a passionné. Véritable monument d’écriture, il est un hymne à la vie, à l’amour et une belle interrogation sur la mort. En fait, il compose avec les seuls sujets qui valent la peine d’être abordés en littérature.

Mankell a montré une dernière fois combien il mérite sa place dans le cercle fermé des grands auteurs contemporains. Souvent récompensé, mondialement reconnu, je gage qu’on parlera encore de lui longtemps comme une référence incontournable de la littérature universelle (alors que bons nombre d’écrivains français à la mode auront disparu des radars depuis un certain temps et sans amertume en ce qui me concerne. Je ne citerai pas de noms mais vous devez en connaitre quelques-uns qui nous sont communs).  

 

Michelangelo 25/09/17

 

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 16:49

Décor de rêve. La Corse et ses paysages à couper le souffle.

Michel Bussi en fait un élément déterminant pour son roman, comme il l’avait fait avec Ne lâche pas ma main et l’île de la Réunion. L’aspect touristique est bien ficelé et les descriptions parfaites, genre cartes postales.

Concernant les personnages, on n’échappe pas au Papé corse, à la famille corse, à l’omerta, aux mamies silencieuses vêtues de noir, évidemment. Les gendarmes sont discrets, voire complaisants avec les gens du terroir. On frôle souvent la caricature, sans y sombrer malgré tout.

Pour agrémenter le tout, une dose d’indépendantisme, d’écologie et d’amour de la mer avec un parc marin et des évocations appuyées du film de Luc Besson, Le Grand Bleu et le tableau est brossé.

L’intrigue est construite autour d’un terrible accident de voiture arrivé en 1989 et le retour sur les lieux du drame de Clotilde 27 ans plus tard. Elle veut exorciser le passé et comprendre ce qui s’est réellement passé ce 23 août où ses parents et son frère ont trouvé la mort, la laissant seule survivante.

Le lien entre les deux époques est entretenu par le journal intime de Clotilde écrit au moment des faits, alors qu’elle avait quinze ans, journal dont les extraits sont distillés au fil des chapitres pour aiguiller le lecteur et lui éviter de se perdre.

La question qui va tenir en haleine est la suivante : s’agissait-il d’un accident ou d’un sabotage ? Qui connaît la vérité, totale ou partielle, sur cet événement tragique ? Qui faut-il croire ?

Le timing est implacable, le 23 août 1989 rejoint inexorablement le 23 août 2016 pour aboutir à un dénouement qu’on devine étonnant, peut-être détonant.

Le suspens est bien entretenu, et comme à son habitude, Michel Bussi prend plaisir à diriger son lecteur vers de fausses pistes. Malheureusement, pour ma part, j’ai trouvé son propos trop long. A force de jouer avec son lecteur, il oublie parfois d’aller à l’essentiel et devient parfois ennuyeux et répétitif.

Les grandes envolées lyriques, les bons sentiments et les beaux décors ne font pas tout. Et un Papé corse de plus de 90 ans qui court, saute, plonge et nage comme un jeune athlète entre ses séjours à l’hôpital, j’ai du mal à entrer dans le jeu…

Certes, l’ensemble est bien écrit et reste agréable. Le moins crédible est peut-être la façon de Clotilde d’écrire dans son journal à quinze ans. On sent que Michel Bussi est derrière et qu’il rame parfois beaucoup pour trouver le ton juste, celui d’une adolescente de 1989 ! Il s’attache aux petits détails (la technologie de l’époque, les tenues vestimentaires, les musiques à la mode, etc.) mais se montre agaçant quand il essaie de penser à la manière d’une jeune fille de l’époque !

Le temps est probablement la notion qu’il traite de la manière la plus intéressante. Ce temps qui passe inexorablement, charriant dans son sillage les regrets, les erreurs et emportant les rêves de chacun. Cela rend le roman émouvant et profondément humain et donne, à bon escient, le titre du roman. 

On reste loin d’atteindre la qualité de Nymphéas qui reste la référence absolue. Malgré ses limites, ce polar fera les délices des nombreux inconditionnels de Michel Bussi.

 

Michelangelo 13/09/2017

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 18:42

Le commissaire Erlendur a beaucoup enquêté, et on sentait une forme d’usure chez ce vieux policier blasé, anachronique, désuet, parfois cynique et tellement attachant créée par l’auteur. Ce n’est donc pas une réelle surprise de voir ce personnage sensible et intuitif revenir sur le devant de la scène, non comme l’enquêteur génial qu’il était devenu, mais à ses tous débuts, alors qu’il embrasse juste la carrière de policier par la petite porte, enchaînant les rondes de nuit avec ses collègues Gardar et Marteinn et multipliant les contrôles d’alcoolémie et interventions aussi diverses que peu glorieuses à Reykjavik…

La vie tranquille et monotone d’Erlendur bascule le jour où un clochard pour lequel il avait de l’estime est retrouvé noyé dans les anciennes tourbières. Pas convaincu de l’aspect accidentel de cette triste fin, il va mener son enquête en dehors de ses heures de service. La disparition concomitante d’une jeune femme va attiser son désir de vérité et l’amener, avec une intuition qui n’appartient qu’à lui, à découvrir l’invraisemblable cruauté de l’espèce humaine et le sordide qui accompagne les actes les plus odieux.

Arnaldur Indridason a soigné l’étude psychologique de l’ensemble de ses personnages et de son jeune héros. L’ambiance de la ville sous l’influence de la nuit boréale et des délinquances de tous genres sonne avec une grande justesse.

On prend plaisir à suivre la modeste enquête menée par Erlendur, enquête au cours de laquelle il va révéler l’ampleur de ses qualités professionnelles.

Sa vie personnelle est triste, grise, ponctuée d’échecs et assombrie par ce passé qui le hante : les disparitions inexpliquées et tragiques, comme celle de son jeune frère dont on n’a jamais retrouvé le corps sur la lande il y a si longtemps...

Mais Erlendur reste sympathique, malgré la noirceur du roman et on aime le voir à ses lubies passéistes, son refus de la nouveauté et de l’alimentation à l’américaine envahissante et son goût personnel pour la gastronomie traditionnelle faite de plats qui semblent si peu ragoûtants et souvent nauséabonds !

Arnaldur Indridason aime les destins croisés, on le sait, et ce roman n’échappe pas à cette règle de construction. Le clochard noyé et la jeune et belle femme disparue ne sont que les deux aspects d’une même affaire et l’habileté d’ Arnaldur Indridason sera de mener le jeune policier vers un dénouement parfaitement maîtrisé, sans oublier de toucher le lecteur au cœur.

Arnaldur Indridason reste pour moi un maître de l’écriture qu’on ne peut cantonner au roman policier-thriller. Il donne à ce genre parfois dénigré, et comme tant d’autres écrivains, des lettres de noblesse et une valeur artistique que tant de critiques tardent à lui accorder.

 

Michelangelo 10/09/2017

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 09:11

On retrouve l’ensemble des personnages du tome 1 dans cet ouvrage un peu assagi qui semble prendre sa vitesse de croisière. L’intrigue, déjà bien mince dans Vernon 1, s’étire langoureusement dans ce Vernon 2. La fameuse cassette posthume du chanteur de rock Alex Bleach ne sera pas la perle tant espérée… Mais ça, on pouvait le deviner. Ce n’était qu’un mince fil conducteur et le point de convergence des personnages par ailleurs si différents les uns des autres qu’une rencontre réelle et permanente aurait été hautement improbable.

Le héros, ancien disquaire jeté à la rue s’installe dans sa vie de marginal avec facilité et disparaît du premier plan pour laisser la place à ses amis qui vont être scrutés par l’auteure  avec des yeux sans complaisance mais objectifs. Ces tranches de vie bien ancrées dans la société parisienne actuelle sont de beaux morceaux de sociologie par l’exemple, sans tomber dans la caricature malgré tout.

Malgré tous les efforts déployés,  cette suite de la saga Vernon a perdu en force romanesque. Le style si particulier de Virginie Despentes sauve la mise en offrant une écriture assez envoûtante, parfois crue, à la musique hypnotique qui finit par captiver (rendre captif) le lecteur.

D’autre part, le non-conformisme des protagonistes, qu’ils soient Bobos, beaufs, marginaux ou décadents, finit par devenir un vrai conformisme quand il est érigé en seule manière d’être et de penser. Chacun semble enfermé dans une coque rigide dont il ne peut sortir malgré les coups de poings donnés dans la vitre, sans réelle conviction.

Reste ce regard posé par l’écrivaine et le lecteur sur ce qui parfois s’apparente un peu à une ménagerie de zoo qu’on regarde d’un regard distrait ou transcrit avec une certaine vérité teintée de parisianisme très égocentré.

Mais les défauts des autres étant ce qu’on aime le mieux regarder pour oublier les siens, il y a de fortes chances pour que je finisse par acheter le tome 3 qui vient de paraître en librairie. Ce n’est pas de l’addiction ? Peut-être que si…

 

Michelangelo 8/9/2017

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 10:10

Journaliste et photographe, Patrick bard nous entraîne à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, précisément à Ciudad Juarez où les multinationales emploient une main-d’oeuvre  peu qualifiée et très bon marché. L’étude sociale et sociologique n’est d’ailleurs pas inintéressante et l’auteur instruit son lecteur à bon escient, décrivant des conditions de vie dans les bidonvilles absolument édifiantes, créant au passage un premier sentiment de malaise chez le lecteur à l’égard de ces personnages à des années lumière de notre confort douillet de citoyen de pays riche

Les ouvrières, non contentes d’être exploitées, se retrouvent parfois assassinées dans des conditions atroces et livrées aux chacals dans le désert avoisinant. Un journaliste espagnol est envoyé par son journal pour enquêter sur cette tragédie qui semble inéluctable et impunie.

Ce brave et obèse Toni Zambudio  va atterrir à Ciudad Juarez et tenter de comprendre la situation. Très rapidement, il va être dépassé par des enjeux où politique, pouvoir, appât du gain, corruption, prostitution, misère absolue et vieilles croyances font bon ménage. Une course effrénée s’engage pour sauver celles qui peuvent l’être et démasquer le diable qui s’acharne sur les plus démunis.

Le rythme est mené tambour battant. Patrick Bard maîtrise bien son sujet puisqu’il a lui-même passé cinq années à cette frontière mexico-américaine, rapportant des photographies présentées dans une exposition sur ces esclaves modernes.

Les assassinats sont monnaie courante dans cette région, aussi le contenu du roman n’est que l’horrible excroissance imaginaire d’une situation bien réelle. Le destin de ces jeunes femmes fait frémir et émeut le lecteur. La volonté de Toni Zambudio pour leur rendre leur dignité se heurte au fatalisme ordinaire de la pauvreté qui veut qu’on ait le destin que l’on mérite. Les loups agissent dans l’ombre, donnant à sa mission le caractère d’une mission à la Dom Quichotte,  pathétique et éprouvante.

Les personnages semblent tout droit sortis d’un film où la caricature serait hélas tirée d’une vérité encore plus caricaturale. Le responsable de la police, seul homme dont l’honnêteté ne peut être suspectée, voit sa légitimité remise en cause. Quant aux associations de défense des familles de victimes, elles paraissent jouer un double jeu bien trouble…

Patrick Bard nous embarque dans sa galère au fil des pages que l’on tourne avec appréhension mais un certain plaisir, l’ensemble se montrant assez captivant. L’écriture est soignée. Il y a du Ellroy dans la façon de décrire l’indescriptible.

La course poursuite de la fin est un peu longue et l’on attend vainement un dénouement qui tarde à arriver. La surprise et la frustration seront au rendez-vous…

Au final, Patrick Bard nous sert un bon thriller français, sérieux et documenté. Reste cette impression de malaise qu’on peut éprouver à se sentir voyeur d’une situation ancrée dans une réalité authentiquement dérangeante. Son premier roman est un coup de maître. J’attends le prochain avec impatience.

 

Michelangelo 7/9/2017

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 10:33

Marsac, petite ville universitaire et imaginaire du Sud-Ouest, va être le théâtre d’évènements tragiques et incompréhensibles. Le commandant Servaz, toujours  passionné des symphonies de Mahler et de sentences latines, va mettre en œuvre sa perspicacité et son sens de l’intuition pour résoudre une énigme dans laquelle il se trouve complètement partie prenante.

Sa fille Margot ainsi que son ancienne compagne quand il était étudiant à Marsac, Marianne, seront impliquées dans son enquête. Il devra fouiller son passé et le passé des siens pour donner un sens à ce qui n’en a pas à priori.

Comme si cela n’était déjà pas assez compliqué pour lui, le fou furieux évadé de l’Institut Vargnier à la fin du roman Glacé apparaît en filigrane et prend une densité inquiétante qui vient tourmenter notre commandant…

Heureusement, le Capitaine de gendarmerie Ziegler, belle et tonitruante jeune femme va venir à sa rescousse, employant comme à son habitude les grands moyens !

Une fois de plus, Bernard Minier parle de cette région avec talent. Il en fait un élément essentiel de son œuvre.

On a quand même du mal à accepter l’éventualité de ce lycée très improbable, plus anglo-saxon que jamais, caricature de l’école des magiciens d’Harry Potter, même si le contenu des enseignements reste très français avec des professeurs si prévisibles !

J’ai eu l’occasion d’évoquer ma déception de cet auteur français avec l’analyse de son roman Une putain d’Histoire. J’avais entrepris la lecture de Glacé pendant mes vacances, et trouvé motif à réviser mon avis dans le bon sens. Mon ressenti positif n’a pas été altéré à la lecture du Cercle, bien au contraire. Bernard Minier confirme son grand talent pour élaborer des thrillers prenants et agréables à lire.

Le commandant Servaz  reste attachant, faible mais passionnant dans ses contradictions, à l’image des Erlendur, Wallander ou Adamsberg d’Indridason, Mankell ou Vargas. Il est bien secondé par le fantasque Capitaine de gendarmerie Ziegler qui apporte la féminité, la hargne et la jeunesse indispensables pour contrebalancer la frilosité et la réserve naturelle de Servaz.

De mon point de vue, Bernard Minier fait partie des grands auteurs français de polars actuels que sont les Bussi, Thilliez, Chattam, Vargas, Commère et il égalera peut-être un jour, à force de travail,  le grand maître incontesté du genre, Pierre Lemaître !

 

Michelangelo 1/9/2017

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 10:22

Le commandant Servaz, être tourmenté s’il en est, passionné des symphonies de Mahler et de sentences latines, va enquêter sur une mystérieuse mise en scène macabre, contraint et forcé par sa hiérarchie et des pressions politiques.

Parallèlement, Diane Berg, une jeune psychologue tout juste nommée dans un institut psychiatrique proche va faire des découvertes qui vont l’amener à s’interroger sur le bien fondé de certaines méthodes et comportements.

On comprend que Servaz et Berg vont finir par se rencontrer quand les traces génétiques d’un fou furieux interné justement dans l’Institut Vargnier apparaissent sur les scènes de crimes !

Le tableau ne serait pas complet si je n’évoquais la jeune enquêtrice gendarme amenée à travailler avec Servaz. Personnage atypique vêtue de cuir, aux allures punk, motarde et cascadeuse émérite, le capitaine Ziegler n’hésite pas à enfreindre les règles de déontologie les plus élémentaires pour faire apparaître la vérité ! Minier esquisse la rivalité bien connue entre police et gendarmerie, mais sans en faire trop…

L’intrigue se déroule principalement dans les vallées encaissées des Pyrénées, dans le Comminges que je connais un peu. Si Saint Martin de Comminges est une ville imaginaire, il n’est pas trop compliqué d’y voir la belle ville thermale de Luchon et ses alentours. La région se prête parfaitement à ce thriller à la française. Bernard Minier parle de cette région avec talent, car il la connaît et l’aime. Il en fait un élément important de son œuvre.

De même, l’aspect carcéral et vieillot de l’Institut psychiatrique ne souffre d’aucune approximation. Les lieux et méthodes de traitements décrits sont plus vrais que nature, parfaitement documentés et réalistes.

J’ai eu l’occasion d’évoquer ma déception de cet auteur français avec l’analyse de son roman Une putain d’Histoire. J’ai entrepris la lecture de Glacé pendant mes vacances, comptant trouver là motif à réviser mon avis.

Eh bien, j’ai trouvé un auteur qui soigne son intrigue, ses personnages et ses décors. Certes, l’outrance caricaturale de certains (le capitaine Ziegler ou les adjoints et la fille de Servaz), tant vestimentaire que comportementale mérite autant d’indulgence qu’elle suscite parfois d’agacement chez le lecteur.

Cela dit, la surprise est totale pour moi. J’ai éprouvé beaucoup de plaisir au fil des pages (plus de 700 quand même !) et jamais ressenti de lassitude. Le commandant Servaz gagne en densité et se montre attachant. Nul doute qu’il va devenir un personnage récurent dans l’œuvre de Bernard Minier ! Bon vent à lui !

 

Michelangelo 1/9/2017

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 14:15

L'écrivaine Erica Falck et son mari Patrick Hedström du commissariat de Fjällbacka sont amenés à enquêter chacun de leur côté sur d’étranges affaires dont les ramifications vont les faire converger vers une réalité sordide et dérangeante.

Erica Falck veut écrire un livre sur le cas de Laila emprisonnée depuis trente ans pour le meurtre de son mari Vladeck, le dompteur de lions. Elles s’entretiennent au parloir de la prison, mais Laila reste bien discrète et peu coopérative. Que veut-elle, qu’attend-elle ? Le mystère est à la dimension du destin dramatique de la fille de Vladeck et Laila qui aura connu tous les sévices et que ses parents appelaient seulement la fille…

Patrick Hedström enquête sur la découverte d’une jeune fille disparue depuis quatre mois qui surgit brutalement sur la route enneigée, presque nue et hagarde avant de se faire renverser par une voiture qu’elle n’a ni vue ni entendue. En effet, elle a eu les yeux et les tympans crevés, et comme si cela ne suffisait pas, elle a la langue coupée ! Cette fille, Victoria, a probablement été enlevée et a échappé à la surveillance de son bourreau.

Il apparaît que nombre de disparitions dans les années passées présentent des similitudes avec le cas de Victoria. Qui est le tortionnaire, le tueur en série qui agit dans l’ombre depuis si longtemps ? Au fil des pages, on verra qu’il est inutile d’aller bien loin pour le débusquer. Les petits arrangements, les silences voulus ou forcés rendent le réel obscur. C’est la parole qui finira par lever le voile sur tant de mystères inavouables et assassins.

 Camilla Läckberg revient avec ses personnages fétiches, Erica et Patrick. Ils vont encore gagner en densité et leur propre histoire vient croiser l’intrigue avec beaucoup de savoir-faire de la part de l’auteure. La psychologie des protagonistes gagne en épaisseur avec, parfois, un effet brouillon qui a pour conséquence de perdre un peu le lecteur étourdi que je suis. Toutefois, l’intrigue est parfaitement construite et l’écriture soignée.

On m’objectera peut-être que la recette Läckberg est présente de façon visible, voire grossière dans cet ouvrage. Certes. Je l’admets. Il n’empêche que l’on retire un vrai plaisir à être conduit au fil des pages dans cet environnement typique, comme en territoire connu, avec ces personnages que l’on commence à bien connaître à l’instar de membres de notre propre famille. L’effet série ?

Mais est-ce un défaut ou une qualité ? Je ne peux trancher et seulement constater le plaisir qu’on éprouve à suivre une bonne série romanesque ou télévisuelle ! N’est-ce pas l’essentiel ? Certes, on ne fera jamais d’une bonne série un chef d’œuvre. Il faudrait pour cela une originalité de création qui dépasse ce cadre limité. En revanche, on pourra dire de Camilla Läckberg, lorsqu’elle aura fini d’écrire, qu’elle a conçu une œuvre particulière méritant le détour…

Michelangelo 30/08/2017

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