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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 19:33

Un titre racoleur, des médias qui s’empressent d’en extraire les morceaux les plus croustillants… Voilà les principales raisons qui m’ont donné envie de lire ce document. Ne fallait-il pas rétablir quelques vérités ? Etait-il utile d’apporter une critique de nature à corriger ce qui semble être excessif ? Il me fallait voir de plus près…

On a reproché à M. Hollande d’avoir passé beaucoup trop de temps avec les journalistes concernés. En fait, le livre est tiré de 61 entretiens d’une moyenne d’une heure et demie chacun répartis sur plus de quatre années, ce qui ne fait qu’un entretien par mois. C’est bien moins que ce que soutiennent les détracteurs.

Les médias et les adversaires politiques ont sortis quelques phrases pour les lâcher à la vindicte populaire et essayer de démontrer la totale inconscience du Président, voire son cynisme, sa naïveté ou son manque de discernement.

Après lecture, je puis assurer qu’il n’en est rien. Ainsi que je l’imaginais, les phrases sont sorties de leur contexte et ne disent aucune vérité tangible. Ainsi, les jugements de valeur négatifs qu’aurait formulés M. Hollande à l’égard des siens (les socialistes) sont pure invention. S’il les brocarde un peu, c’est avec gentillesse et humour, guère plus. Il se montre plutôt réaliste et proche de la vérité dans ses analyses et ses constats. En revanche, il se montre sévère, à juste titre, avec son ennemi juré, M. Sarkozy et ce n’est que justice quand on voit comment celui-ci traite le Président de la République !

Le fil conducteur des auteurs est de montrer un président difficile à cerner. Ils le voient fin calculateur, homme du consensus, capable de discerner le bon chemin et d’entreprendre de belles choses avec une réelle fermeté. Mais ils le perçoivent paradoxalement aussi hésitant, fragile à certains égards, incapable de mettre en œuvre une action de conviction et de rassemblement.

Ils nous révèlent en fait un être complexe, foncièrement honnête, un homme de gauche qui a de vraies convictions et un vrai projet de société mais décrié, bien à tort, dès le début de son mandat. Vilipendé par la droite dure majoritaire dans le pays, déclaré élu principalement pour chasser M. Sarkozy, trahi par les siens, ceux qu’on va appeler les frondeurs, alors que ce ne sont, de mon point de vue, que de lâches et tacticiens démissionnaires…

Un autre phénomène ne lasse pas de troubler les auteurs. C’est la difficulté perpétuelle de M. Hollande à mettre en évidence les réussites nombreuses de son quinquennat (loi sur la transparence des élus, réduction de la dette, mariage pour tous, améliorations dans l’Education nationale, CICE, politique étrangère et tant d’autres). Il semble inaudible… L’explication est pourtant simple. Il est matraqué de toutes parts, discrédité à droite et à gauche dans des proportions telles que son message est brouillé et sa légitimité continuellement remise en cause. Jamais un Président n’a été autant attaqué que lui. C’est inédit sous la 5ème république et constant depuis que le perfide Mélenchon l’a traité de Capitaine de pédalo en début de mandat, sonnant l’hallali … Depuis, toute bonne nouvelle est critiquée, diminuée, vidée de son sens, entrainant la cote de popularité du président dans une chute vertigineuse.

Pourtant, notre président a le mérite de tenir bon, avec dignité et compassion lors des attentats meurtriers de 2015 et 2016. Tout le monde loue la haute tenue présidentielle, sans que pour autant il en récolte les fruits en terme de légitimité. Les attaques sur sa vie privée, la multitude de détracteurs qui s’acharnent sur sa personne, souvent avec un mauvais esprit manifeste, tout concourt à sa perte. Mais il reste digne, à la hauteur de sa noble mission. Il ira jusqu’au bout, fidèle à sa grande et belle mission.

Le livre met également en évidence l’extrême solitude de cet homme perdu dans les couloirs du palais de l’Elysée, fantomatique et pourtant si lucide… Cette solitude n’est peut-être pas voulue, mais elle s’impose à lui. Son parcours et son poste le rendent solitaire. C’est à lui que revient la lourde responsabilité de décider de l’effacement d’un terroriste dangereux (n’allez pas croire ce que l’on vus a répété dans les médias, nul secret d’état n’est dévoilé à cette occasion), ou de nommer des personnes de confiance aux postes clés, ou encore rédiger les discours importants dans lesquels chaque mot est pesé. Effectivement, notre président assume pleinement son rôle et n’hésite pas à prendre des risques. On est loin de l’être mou et incompétent qu’on voudrait nous servir dans l’opposition déchaînée et les médias complaisants amateurs de sensationnel.

Cet imposant document vaudra pour la postérité. Il a le mérite de rétablir bon nombre d’erreurs et falsifications savamment entretenues dans les discours ambiants et donne à M. Hollande une dimension qu’il mérite.

Il est agréable à lire, bien construit et rassurant pour ceux comme moi, ont une haute estime de notre président et de sa fonction. Il paraitra peut-être indigeste et dévoyé aux autres. L’entourage de M. Sarkozy a d’ailleurs œuvré en coulisses pour tenter de faire croire que les deux journalistes Davet et Lhomme affublés de M. Hollande manigançaient de sordides plans dévastateurs pour leur ennemi commun, dans une espèce de cabinet noir entièrement voué à sa perte !

 

Michelangelo 2017

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 17:21

L’opération mise en place par Babelio avec l’aimable participation des éditions Libretto m’a permis de découvrir ce livre peu ordinaire, notes de voyage en Afrique noire largement commentée par l’auteur polonais d’origine russe, Ferdynand Ossendowski. Qu’ils en soient vivement remerciés !

Ma première surprise fut de constater que cet ouvrage est une réédition, et que la première publication date des 1931. C’est un élément important pour bien comprendre la suite.

A l’origine, Ferdynand Ossendowski, auteur scientifique part explorer l’Afrique noire dans le but de réaliser un reportage exotique et scientifique dont il devra rapporter des spécimens de flore et de faune sauvages.

Pourtant, très vite, on comprend que l’auteur, envoûté par ce continent mystérieux et grandiose, ces peuples déroutants, va faire œuvre de sociologue, d’historien et de poète et réunir une collection inestimable de personnages, de traditions qu’il sent partir vers l’oubli sous les coups de la modernisation gagnante, de la déforestation et des massacres en tous genres, hommes et bêtes.

Le style est un peu désuet, mais agréable. Certaines idées et l’usage d’un certain vocabulaire d’époque heurtent parfais le lecteur du 21ème siècle que je suis.

Ainsi, on y parle communément de nègres et négresses, de mulâtres… Le gentil colonisateur n’oublie pas de rappeler le fantastique apport de la race blanche auprès de ces noirs forcément démunis, passifs et incapables de s’élever seuls vers la civilisation.

L’exploitation des énormes richesses locales est gérée par les seuls envahisseurs blancs, pour le bien des nègres qui trouvent là un travail et peuvent espérer à leur tour s’enrichir, s’ils le souhaitent…

Mais on comprend que ce sont d’abord les colons qui vivent dans l’opulence et maîtrisent les leviers de ce pouvoir économique. Leurs demeures sont vastes, richement meublées. Ils organisent de grandes fêtes, de grands repas. Ils pratiquent la chasse dans des proportions inégalées, tuant tout gibier qui se présente, singes, oiseaux variés, antilopes, hippopotames, éléphants, panthères, lions, faisant couler le sang à flot dans une débauche sans nulle autre pareille !

Le sauvage nègre s’enivre du goût du sang des animaux tués en grand nombre, enfant intimidé par la nature, esclave des traditions et des préjugés, il manifeste néanmoins des qualités humaines. A contrario, la négresse a un développement moral et intellectuel cent fois plus arriéré. Elle ne conçoit pas très clairement l’idée de la fidélité conjugale… (P239) Elle est, d’une certaine façon, responsable de la polygamie qui sévit en Afrique !

Ces propos, complètement déplacés de nos jours, sont évidemment à resituer dans cette époque coloniale de l’entre-deux guerres. Ils en disent long sur l’état d’esprit ambiant de l’époque ! Que de chemin parcouru depuis… Quoique ! On a aussi le sentiment que l’histoire peut se répéter invariablement. Le réveil des consciences racistes et xénophobes qui agite actuellement la planète fait l’impasse sur nos propres errements passés. Alors que certains propos de Ferdynand Ossendowski prêtent à sourire, c’est une certaine forme d’effroi qui me saisit quand je vois revenir au galop ces poncifs racistes énoncés par des individus ayant l’extrême certitude d’appartenir à une race supérieure

Le livre de Ferdynand Ossendowski, avec ces faiblesses dues à une façon de penser d’abord colonialiste, possède le grand mérite de restituer une Afrique maintenant disparue. Celle des cannibales, dont l’intérêt est avant tout ethnologique, bien entendu. Mais aussi de cette Afrique foisonnante, peuplée de tribus d’une grande variété et aux traditions multiséculaires, recelant également une faune d’une extrême diversité dans une flore équatoriale exubérante.

Il nous montre, en historien avisé, l’apogée d’une colonisation assumée, censée apporter le progrès, construire des routes, des voies ferrées, des ports, soigner les multitudes… Même si l’on sait avec le recul que ces bienfaits apportent aussi la dépendance des autochtones, et  la destruction inévitable de civilisations et d’écosystèmes irremplaçables.

 Voilà un document qui sort de l’ordinaire et que chacun devrait avoir lu pour comprendre l’origine du  monde moderne et éviter de répéter cent fois les mêmes erreurs.

 

Michelangelo 2017

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 11:09
La vie quotidienne au Moyen-âge Jean Verdon

Jean Verdon est le grand spécialiste de l’histoire médiévale et rétablit la vérité pour une période souvent caricaturée ou mal comprise.

La vie quotidienne au Moyen-âge n’échappe pas à cette règle, le propos restant très érudit et très pédagogique. Jean Verdon part de la naissance et s’arrête à la mort au travers de 22 chapitres parfaitement écrits.

Certes, l’écueil principal reste de manque de documents authentiques d’époque pour creuser de façon sociologique certains aspects de la vie courante (sexualité, par exemple), et beaucoup des écrits existants font état de la vie des nantis de l’époque (rois, chevaliers, princes, haute bourgeoisie et prélats). On sent que parfois les informations données sont, en quelque sorte, une extrapolation qui va des grands de ce monde aux paysans ou citadins pauvres. A titre d’exemple, dire que l’homme au Moyen-âge est un grand voyageur ne peut s’appliquer à l’homme du peuple, coincé sur son territoire pour des raisons purement matérielles et de survie…

L’élément parfaitement rendu est cette prégnance de la religion sur l’ensemble du corps social, prégnance qui conditionne souvent les relations et le mode de vie moyenâgeux. De même l’extension des villes va précipiter la naissance d’une société différente qui aboutira à la Renaissance.

Quant aux anecdotes, elles sont nombreuses et font tomber parfois des clichés bien installés. Par exemple, la quantité de nourriture phénoménale ingurgitée à l’époque en raison des besoins en énergie bien supérieurs à notre époque moderne… L’homme du moyen-âge ne passe pas son temps entre famines et peste, même si ces deux éléments ont marqué l’époque et la société dans leur ensemble.

En définitive, voilà un essai historique de qualité, parfois un peu complexe, mais qui évite de tomber dans la caricature d’une époque longue et bien plus riche qu’on ne l’imagine.

Michelangelo 2016

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 10:25
Le voleur de Paradis de Christiane Klapisch-Zuber
Le voleur de Paradis est l’un des deux larrons crucifiés avec le Christ sur le mont Golgotha. Il s’appelle Dismas et reçoit la bénédiction du Christ et la promesse de rejoindre le Paradis ce même jour avec le fils de Dieu en échange de sa sincère repentance. Gestas, le mauvais larron, dans une bravade ultime, refusera de reconnaître ses péchés et sera promis aux flammes de l’Enfer.

Ce fait relevé uniquement dans l’Evangile selon Saint Luc va mener l’auteure sur les traces de Dismas. Pour cela, elle va parcourir les diverses représentations qui en sont faites, principalement entre les IVème siècle et la Renaissance, tant en Orient qu’en Occident. Ces représentations sont faites de tradition orale, d’écrits, de comptes rendus de voyageurs visitant les lieux saints et bien évidemment de représentations artistiques. Je salue au passage la justesse des œuvres proposées au lecteur, œuvres qui illustrent parfaitement le propos.

Ce travail de recherche, très érudit et parfaitement documenté, se lit malgré tout avec plaisir tant le style est fluide et le propos pédagogique, même pour des non initiés.

La lecture des tableaux représentant cette fameuse crucifixion est passionnante et permet de distinguer les codes admis au travers des âges et des sociétés, de même qu’elle nous instruit sur l’interférence très forte entre ce qui est donné à montrer et ce qu’attend le Clergé ou le regard du spectateur. Car il ne fait aucun doute que les contes et légendes évoluent avec le temps et les civilisations, et que le spectateur autant que le Clergé, loin d’être les sujets passifs qu’on peut imaginer, interfèrent entre le créateur et son œuvre, même si parfois la volonté de l’artiste transgresse ces mêmes codes (quelques exemples sont proposés par l’auteure).

La souffrance publique évoquée dans la crucifixion devient le nécessaire passage vers la rédemption et le pardon divin. Dimas devient le représentant de cette vérité rassurante et se retrouve, à ce titre, célèbre et célébré. Il est la preuve vivante que le Pardon est toujours possible, même à l’article de la mort. En cela, les derniers sacrements, ultime acte religieux, s’en trouvent confortés.

Le cheminement historique de l’auteure au travers des récits des pèlerins permet de voir combien le témoignage humain est fragile et peu fiable.

Les avis divergent et évoluent selon l’époque, l’origine des pèlerins et leurs convictions. Car c’est leur conviction intime qui leur fait voir ce qu’ils sont venus voir, hors de toute objectivité. Imprégnés de leur culture religieuse, des représentations qu’ils connaissent dans leurs églises ou lieux de cultes, ils sont comme des aveugles qui voient uniquement ce qu’ils croient… Et se fourvoient parfois.

Mais est-ce l’important ? Pour reprendre l’essai De Nancy Huston, L’espèce fabulatrice, l’homme est enclin à vivre sa propre fabulation, créant un monde qui lui appartient à lui seul. C’est bien de cela qu’il s’agit ici.

Loin de polémiquer sur la véracité des faits religieux, constatons que ceux-ci, victimes du temps, des déformations et des interférences, apportent une vision très fantasmatique d’un fait divers âgé de plus de deux-mille ans, livrant ainsi une multiplicité d’interprétations sans fin.

En définitive, la lecture de cet essai nous apprend beaucoup sur l’évolution de la religion et de l’art religieux au cours de cette longue période qui va de l’Empereur Constantin jusqu’à l’apogée de la Renaissance italienne. C’est un magnifique voyage qui nous ouvre les yeux et nous donne une perspective différente parfaitement étayée.

Cela nous amène à nous interroger sur nos propres représentations forgées par notre vécu personnel. C’est une incitation à une plus grande ouverture d’esprit et une invitation à solliciter notre esprit critique. En cela le rôle pédagogique de l’ouvrage est une parfaite réussite !

Michelangelo 2015

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 10:31
Bach Jean Sébastien, Naissance d’une vocation de Jean-François Robin

L’auteur nous emmène sur les traces de Bach, de l’âge de cinq ans où, entouré d’une famille de musiciens, il baigne dans le solfège et la mélodie, à l’âge de vingt-deux ans quand il fait de la musique son métier en devenant titulaire du grand orgue de Mülhausen… L’histoire est censée être contée par Bach lui-même, un peu à la façon d’un journal intime qu’il aurait écrit.

Bach va très tôt entreprendre des études classiques dans lesquelles la musique prend une part importante. Bach est chanteur de chœur et possède une très belle voix de soprano, et pratique toutes sortes d’instruments. Mais son désir le plus cher sera d’utiliser son talent très vite reconnu à la composition de pièces musicales et surtout à la pratique de l’orgue, le roi des instruments.

Le spirituel le dispute au temporel, l’un n’excluant pas l’autre, dans une harmonie parfois cruelle (la mort des proches, dont la mère de Bach) ou joyeuse avec les chants de taverne ou les animations musicales de fêtes religieuses ou païennes. Sans le sou, mais bien conseillé par les siens, n’ayant qu’une idée en tête, devenir le plus grand des organistes, il va gravir rapidement les échelons qui vont le mener à la gloire en profitant des leçons données par les plus grands maîtres de son époque.

La lecture du livre de J-F Robin est un vrai plaisir. Assez court (180 pages), il parvient à brosser une esquisse réaliste de ce qu’à pu être l’enfance de Bach, pourtant mal connue. Les références musicales, parfois complexes pour un novice sont agréablement contrebalancées par des descriptions passionnantes sur le fonctionnement des orgues et leur maniement. Quoi qu’il en soit, on ne s’ennuie jamais, d’autant que la description de l’Allemagne du début XVIIIème siècle est savoureuse et très réaliste.

Voilà un bon livre sur le phénomène de la musique classique que représente Jean-Sébastien Bach, dont l’auteur nous permet de sentir toute l’humanité, avec ses défauts, ses qualités et surtout, son génie !

Michelangelo 2015

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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 17:34

Royaume.jpgEntrer ainsi dans l’intimité de la vie spirituelle d’un écrivain admirable est une sensation aussi étrange que réjouissante.

Pendant une période de sa vie, Emmanuel Carrère été chrétien. Fervent et convaincu, pratiquant une lecture méditative quotidienne des  Saintes Ecritures qui lui fera noircir des cahiers, il va pourtant, au bout de trois années, abandonner sa pratique, prendre du recul et s’interroger sur les fondements mêmes de la foi catholique en décryptant, à sa manière, les Evangiles. C’est ce cheminement, cette enquête qu’il propose au lecteur de partager. Cette proximité déclarée avec le lecteur nous rend attentif, impliqué et passionné du début à la fin.

Certes, l’analyse est celle d’un érudit qui connaît parfaitement les différents Evangiles, et le modeste exégète que je suis s’est parfois un peu perdu dans les explications, les vérités historiques, les petits arrangements avec la réalité probables, les mises en perspective et les diverses comparaisons. Pourtant, en fin pédagogue, Emmanuel Carrère réussit à faire passer tous ses messages. Il sait ménager des poses, des retours en arrière afin de guider le lecteur ébahi par tant de virtuosité intellectuelle. On apprend beaucoup sur les débuts du christianisme et les surprises sont fréquentes ! Ainsi, l’Evangile selon Saint Paul est écrit par un homme qui n’a pas connu Jésus et dont la brutale conversion fait suite à une vision sur le chemin de Damas ! Cela ne le rend pas moins véhément ! Saint Luc non plus n’a pas connu Jésus. Médecin grec lettré et curieux, il suivra Paul dans ses voyages en Asie, à Jérusalem, à Rome et écrira pour la postérité en prenant quelques liberté avec la vérité historique. Saint Jean lui a connu Jésus. Mais il n’a pas écrit l’Evangile. C’est probablement Jean l’ancien qui s’y attèlera quelques dizaines d’années après la mort du Christ…

Emmanuel Carrère résume le phénomène chrétien de la façon la plus lapidaire qui soit avec l’aide de Roger Caillois : si Ponce Pilate n’avait pas fait crucifier Jésus, celui-ci serait mort vieux prêcheur et oublié de la génération suivante. Le christianisme n’aurait pas connu l’essor qui fut le sien. Que dire de la conversion de l’Empereur Constantin au IVème siècle qui fut l’événement qui transforma une secte mal tolérée en Religion d’Empire ! Constantin, la nuit d’avant une bataille décisive, dit avoir reçu la visite du Dieu des Chrétiens, promettant une victoire si l’Empereur se convertissait ! On connaît la suite…

Voilà, pour conclure, un livre essentiel pour ceux qui s’interrogent sur les religions. Pourquoi naissent-elles ? Comment ? Avec qui ? Dans quel contexte ? Les prix reçus par cet ouvrage, dont le Prix Littéraire du journal Le Monde, montrent combien Emmanuel Carrère apporte avec son ouvrage des réponses construites et passionnantes.

 

Michelangelo 2015
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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 18:00

AUBE.jpgCe troisième opus de la série radiophonique à succès « Sur les épaules de Darwin » complète les réflexions passionnantes de l’écrivain érudit qui regarde l’évolution de la vie sur notre belle planète bleue. Le charme de l’écriture de Jean-Claude Ameisen tient au fait qu’il allie avec brio connaissances scientifiques récentes et poésie. C’est un véritable régal esthétique et scientifique !

Cette fois, il commence par évoquer ces espèces pré-humaines vieilles nommées de façon générique hominines qui ont laissé leur traces de pas encore visibles dans la glaise de ce qui sera le sud de l’Angleterre, il y a 800.000 ans, puis la plus ancienne trace avérée de domestication du feu : 750.000 ans, soit 7500 siècles !  Ces chiffres abyssaux, comparés aux 2 siècles de l’ère chrétienne donne le tournis ! Cela a au moins le mérite de remettre dans une perspective très modeste l’importance que l’homme dit ‘moderne’ s’accorde…

Puis Ameisen va nous emmener sur les traces de l’évolution du langage. Langage chez les pré-hominidés et les animaux (oiseaux, mammifères marins, etc.). Il souligne combien le langage parlé n’est pas le seul mais que le langage gestuel ou encore le langage musical, pour ne citer qu’eux, ont existé bien avant qu’on ne maîtrise le langage verbal… A l’aide l’exemples et d’expériences scientifiques, il nous émerveille devant l’incroyable créativité du vivant.

C’est avec un peu de tristesse qu’on referme le livre terminé en se disant qu’il est heureux qu’un homme comme Jean-Claude Ameisen sache vulgariser ainsi la connaissance humaine et nous aide à prendre du recul en ces temps troublés où la culture semble devenue un luxe inutile face à l’intolérance et le mépris de tout ce qui est différent de soi.

 

Michelangelo 2015

 

Citations :

 

Les récits nous permettent de découvrir d’autres façons de voir le monde. Et de vivre d’autres vies que les nôtres. (P34)

 

Tous les êtres vivants qui aujourd’hui nous entourent forment le peuple des rescapés de la longue histoire qui nous a donné naissance.

Aucun n’est notre ancêtre. Tous sont nos contemporains. Et ils ont tous évolué, ils se sont tous transformés, à mesure que les générations de leurs ancêtres se propageaient à travers le temps. (P102)
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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 11:55

LES-BATTEMENTS-DU-TEMPS.jpgLire Ameisen, c’est entrer dans le monde insoupçonné de la beauté du monde qui nous entoure et en percevoir toute la poésie. Fidèle à l’esprit de son émission programmée chaque samedi sur l’antenne de France-Inter, Ameisen livre pour nous les dernières découvertes scientifiques et produit une réflexion qui se veut pédagogique et rationnelle tout en conservant un talent de conteur qui rend son propos passionnant pour le lecteur.

Après une brillante démonstration sur notre capacité à percevoir du présent dans la lecture du passé : contempler les étoiles, c’est observer un passé parfois très lointain (le temps qu’il faut à la lumière pour traverser les espaces intersidéraux, soit 300.000 kms à la seconde), réagir à un son, c’est réagir à un événement passé qui aura mis un certain temps à parvenir jusqu’à notre perception de ce son (soit 300m à la seconde),  il évoque le paradoxe de ce temps que nous envisageons présent mais qui n’est en fait que le croisement improbable entre le passé et le futur.

Le présent n’existe pas en tant que tel, puisque chaque instant, chaque action, chaque pensée, quand ils sont formulés ou effectués, trouvent leur source dans un passé (le temps qu’il faut pour observer, pour penser, pour réagir, mais aussi le temps de consulter nos référents culturels, sociaux et biologiques et ce de façon consciente ou inconsciente) et se projeter dans un futur que l’on soupçonne advenir.

Cela amène à se pencher sur le fonctionnement de notre cerveau, sur notre relation intime au monde, sur cette dynamique qui existe entre nos souvenirs (la mémoire, le rapport aux choses passées, à notre propre culture) et le temps de l’action.

Il défriche devant nous les dernières connaissances sur ce fonctionnement encore mystérieux de notre activité cérébrale et relate au passage nombre de découvertes inattendues : sur le sommeil, sur la faculté de développer le nombre de synapses et de connections, sur les modalités de la mémorisation (à court terme, à long terme), chez l’homme mais aussi chez les animaux. Car le règne animal possède en lui une multiplicité de caractéristiques qui nous rapprochent…

Ainsi, certains oiseaux possèdent des caractéristiques étonnantes qui vont de la mémorisation poussée à une emprise sur le monde réel absolument époustouflante (être capable de moduler ses modes de communication au monde au-delà de la simple utilisation de caractères innés pour produire des résultats qui doivent beaucoup à leur propre capacité d’apprentissage), inventer les lois de la perspective bien avant les génies de la Renaissance pour en faire un objet de séduction, utiliser des outils alors que l’on croyait cette capacité n’être que l’apanage des espèces les plus évoluées… La liste n’est pas exhaustive et je vous laisse le plaisir de découvrir ces divers éléments par vous-mêmes…

Lire Ameisen, c’est reconnaître qu’il existe dans notre univers bien des éléments d’émerveillement et aussi bien des questions qui restent posées. C’est admettre que nos certitudes, notre regard sur le monde doit évoluer et n’est en aucun cas figé sur des vérités inamovibles. Beaucoup reste à découvrir.

Nous sommes peut-être les seuls dans cet univers à pouvoir porter un regard conscient sur ce qui nous entoure : "La pensée consciente n'a duré et ne durera qu'un moment, dit Poincaré. La pensée n'est qu'un éclair au milieu d'une longue nuit. Mais c'est cet éclair qui est tout." Sachons en profiter ! Empruntez ce délicieux chemin tracé par Ameisen, peuplé de découvertes et de poésie. Vous y trouverez motif à balayer cet engourdissement suffisant qui est le signe de notre époque. Soyez humble mais déterminé. Soyez curieux mais lucide. Soyez poète et magicien !

 

Michelangelo 2014
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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 11:33

cvt_Sur-les-epaules-de-Darwin-tome-2--Je-toffrirai-d_6278.jpegSecond tome tiré de la célèbre émission de France-Inter, ce recueil de réflexions sur les beautés de la vie et de ses différentes organisations nous entraine dans un merveilleux voyage qui va de l’infiniment petit à l’espace intersidéral.

L’élément principal de cet ouvrage est constitué par une description méticuleuse des potentiels insoupçonnés des insectes sociaux en apparence modestes que sont les fourmis et les abeilles à miel. L’éclairage des dernières recherches à leur sujet étaye un discours qui ne cesse de provoquer l’émerveiller au fil des pages.

Puis, de façon naturelle, l’auteur ouvre de nouvelles portes éblouissantes en démontrant comment la vie dans son ensemble est rythmée par ce que les scientifiques appellent l’horloge circadienne, horloge biologique généralement réglée sur vingt-quatre heures, ce qui correspond au cycle d’une révolution de la Terre.

De là, il restait un pas à franchir, ce que fait Jean-Claude Ameisen, pour nous amener à percevoir une vision cosmique de notre univers où l’infiniment petit rejoint l’immensité des espaces intersidéraux et des mouvements des planètes si différents et pourtant si proches de notre vécu de terriens. Il va mettre en perspective l’histoire des grandes découvertes sur ce sujet, balayant plus de deux millénaires de recherches qui vont de Platon à Kepler en passant par Galilée, Copernic et bien d’autres.

L’ensemble nous donne une musique particulière, une vibration faite de beauté, d’harmonie et de dysharmonie dont on ne peut que saluer la perfection, nous les humbles humains, seuls êtres conscients de notre présence sur cette Terre, sur ce merveilleux vaisseau débordant de richesses embarquées et navigant dans un espace incommensurablement grand et foisonnant paradoxalement appréhendable par quelques lois simples comme celle de la gravitation universelle découverte par Newton.

Jean-Claude Ameisen est d’abord un scientifique. En cela, son discours est parfaitement documenté. Ses démonstrations sont brillantes même si elles sont parfois un peu complexes à appréhender pour un lecteur ordinaire. Mais ce qui ressort essentiellement, et qui participe au plaisir qu’on éprouve à le lire, c’est cette poésie et ce talent de conteur qui émergent dans son ouvrage.

J’apprécie son émission radiophonique et j’ai été conquis par ses écrits. Sa grande humanité le dispute à son charisme indéniable. Vivement la suite !

 

MichelANgelo 2014

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 14:42

CAMILLE.pngUn livre biographique sur Camille Claudel extrêmement bien documenté, au style alerte et romanesque faisant la part belle aux relations orageuses de Camille avec Rodin, mais aussi, et c’est plus nouveau, avec son père qu’elle aime, cette mère qui la déteste, ce frère Paul qui la vénère…

On n’oublie pas au passage l’admiration de Cam’ pour Michel Ange dont elle veut suivre les traces artistiques, ni les descriptions minutieuses de la vie d’un atelier de sculpteurs où le travail, colossal, est partagé par plusieurs artistes – d’où est probablement née cette idée tenace mais fausse de prétendre que Cam’ copiait Rodin ou inversement !-

 L’ouvrage, qui a reçu le Grand prix des lectrices de Elle en 1983 est agrémenté de passages tirés de la correspondance de Camille lors de ses trente années en asile d’aliénés, ainsi que de petits extraits poétiques de Paul Claudel.

 

MichelANgelo, janvier 2004

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