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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 17:30

Un certain jeudi de février 1967

 

Silence !

La voix ferme de la surveillante se répand entre les hautes étagères de livres comme une lame de fond épaisse et sournoise. Les petites conversations s’éteignent sur son passage et finalement, on n’entend plus que les gémissements du parquet ancien sous les pas délicats et attentifs des visiteurs. Dans quelques minutes, quand les conversations auront de nouveau repris de la vigueur, la voix autoritaire reviendra avec la régularité du ressac.

Moi, je suis là, visé devant une imposante collection de livres couverts à l’ancienne en beau cuir bordeaux et à l’écriture dorée et pompeuse : Victor Hugo – Œuvres complètes - . J’ai  douze ans, mais ma taille en laisse paraître à peine dix. Je connais Hugo et ses Misérables, ses héros et je ressemble un peu à son Gavroche, le courage et la gouaille en moins.

Je vis à Alençon, préfecture de l’Orne, rue des Granges, dans la gendarmerie à l’architecture napoléonienne, avec mon frère Karl et mes parents.

Mon père a trouvé ici un poste de gendarme propice au déroulement de sa carrière et ma mère nous élève. Mon père est un modèle d’autorité militaire et conduit l’éducation de ses enfants avec la même fermeté qu’il verbalise les contrevenants au code de la route. Ma mère est douce et discrète. J’aimerais secrètement qu’elle soit plus affirmée. Mais comme le veut la sagesse populaire, dans un couple, il faut un juste équilibre. Ma mère semble s’être ralliée définitivement à cette idée aussi néfaste que répandue. Néanmoins, c’est elle que je préfère et elle le sait.

J’oublie l’essentiel dans ce petit inventaire. Je ne m’appelle pas Gavroche, mais Michel. C’est un prénom populaire en 1955, année de ma naissance. Je commencerais donc ma vie dans la banalité la plus complète si le hasard n’avait voulu que mon patronyme ne soit Ange ! Je m’appelle Michel Ange. Quel heureux hasard, vous ne trouvez pas ?

Je portais cet ensemble patronymique avec fierté jusqu’au jour où j’appris que Michel Ange n’était que le prénom de l’artiste florentin et que son nom complet était Michel Ange Buonarroti. Triste déconvenue. D’autant que Michel Ange prononcé à la française n’a rien à voir avec la musique italienne de Michel Angelo Buonarroti !

Heureusement, j’ai toujours rencontré un instituteur, un  professeur ou  de vils personnages prompts à mettre en avant leur érudition en utilisant ce rapprochement patronymique pour produire un bon mot du genre : « Monsieur Michel Ange (insistez bien sur la prononciation à la française), je doute que vous ayez pu peindre les plafonds de la Chapelle Sixtine ! Ça se saurait ! Vous n’êtes même pas capable d’accorder un adjectif qualificatif avec le nom qui l’accompagne ». Réplique idiote par le raccourci qu’elle opère entre Art et Grammaire, mais qui ne manque pas de flatter celui qui l’a proférée et de porter à l’esclaffement la cohorte servile qui l’écoute.

Moi, je suis à peine vexé, car je suis gagnant. Le simple fait de rappeler cette proximité d’identité à défaut de prouver mes compétences, confirme ce rapprochement entre deux êtres éloignés par cinq siècles. J’ai, dans ces instants de frustration et d’opprobres, le secret sentiment de bénéficier d’une communauté de destin qui se vérifiera un jour.

Mais, revenons dans notre bibliothèque. Il s’agit d’un bâtiment fin XIXème surmonté d’une coupole, un peu comme la Basilique Saint Pierre de Rome, mais en plus petit, évidemment. Depuis que je sais que Michel Ange a réalisé les plans et les premiers travaux de la Basilique, cette comparaison prend pour moi une importance toute particulière et incontournable. Michel Ange a rejoins Michel Ange, le vrai !

Je connais bien la bibliothèque car elle jouxte le collège Aveline que je fréquente en qualité d’élève. Il ressemble un peu à un temple, et pour moi qui découvre les premiers plaisirs de la lecture, c’est le temple dédié à tous ces écrivains que j’imagine forcément  puissants autant que célèbres.

Le lieu est magique, frappé de majesté et conforme à sa destination. Les auteurs sont là, rangés dans l’ordre alphabétique. Ils attendent que vous les remarquiez et les honoriez en saisissant religieusement un exemplaire de leurs écrits pour en admirer la beauté, feuilleter quelques pages, puis reposiez à sa place avec la délicatesse extrême qui sied à ce témoin délicieusement odorant du génie humain.

Car l’odeur a son importance en ce lieu. La force de l’encaustique le dispute au parfum suave du vieux cuir et du vieux papier. On dit souvent que l’odorat possède une mémoire bien supérieure à la mémoire visuelle. Je crois effectivement que cela est vérifiable. Les odeurs de notre jeunesse conservent une présence qui ne demande qu’à s’imposer à l’occasion d’une rencontre olfactive pleine de réminiscences.

Cela restera définitivement attaché à ma personne. Je ne peux pénétrer dans une bibliothèque sans invoquer intérieurement cette odeur passée, ni ouvrir un livre sans commencer par le sentir. Tous les livres contiennent un peu de ces vestiges odorants qui me rassurent et me plaisent.

Pour moi, Michel Ange, étourdi par l’imposante masse des hautes étagères chargées de manuscrits divers, les odeurs envahissantes de la bibliothèque m’enivrent de leur parfum subtil. Je parcours les allées en silence, guidé par les noms d’auteurs ou alerté par un livre à la taille imposante qui semble m’attendre.

J’ai l’attitude respectueuse et déférente d’un amateur définitivement dévoué à l’écriture et bien au fait du rituel qu’imposent les circonstances. Je prends l’air de celui qui connaît, qui va choisir longuement mais assurément sa prochaine lecture.

Souvent, après de multiples hésitations, je me dirige vers le bac des bandes dessinées où je consulte les dernières entrées, peu nombreuses. A cet âge, je suis un enfant comme les autres : l’image m’attire encore davantage que les textes trop longs écrits trop petits… J’en éprouve une certaine honte sous ce chapiteau dévolu à la grandeur de ces hommes extraordinaires qui ont place dans le dictionnaire ! Pourtant, avec courage, je finis par assumer mon choix et tend à la surveillante ma carte d’emprunteur et la bande dessinée sacrilège pour enregistrement.

La prise en compte est faite avec virtuosité et rapidité, comme si la prêtresse des lieux m’accordait à titre exceptionnel l’absolution pour un méfait bénin mais bien réel. Après l’avoir promptement remerciée, je pars en poussant l’énorme porte à deux battants, je me glisse dans l’interstice, je descends avec dignité les quelques marches du vaste perron, puis je pars en courant le long des trottoirs, pressé de rentrer dans mon antre dévorer cette proie facile faite de papier, d’encre et de colle que je tiens serrée contre moi.
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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 11:13

 

Retour vers le passé.

Petit carnet de voyage au pays de George Sand et des siens…

 

Sur le chemin de retour de nos vacances dans les Pyrénées, le bordelais, puis la Dordogne, mon épouse Sylviane et moi-même avions décidé, un petit détour en Indre. Pour cela, nous avions réservé une chambre d’hôtes à Thevet Saint Julien, à dix kilomètres de Nohant-Vic. Bien avant notre destination, les panneaux indicateurs ne permettent pas d’ignorer la proximité de la maison familiale de George Sand. Cet appel est comme un avant-goût prometteur.

29 juillet 2005

 

Nous parvenons à la chambre d’hôtes où Mme Aprioux nous conduit à notre chambre qui est spacieuse et certainement très confortable. Notre hôtesse est menue et réservée. Ses cheveux attachés en arrière ont un peu blanchi. Elle doit avoir passé la cinquantaine. Elle vit seule dans cette grande maison berrichonne meublée avec goût. Elle s’efforce de nous mettre à l’aise, alors qu’elle-même ne paraît pas l’être. Une chambre d’hôtes n’est pas un hôtel. Nous sommes des étrangers dans un univers personnel, intime. Sylviane et moi savons qu’à chaque fois, il faut une période d’adaptation, le temps d’apprendre à se connaître ! Néanmoins, la première impression est souvent la bonne. Nous avons déjà de l’estime pour Mme Aprioux. 

Nous sommes en fin d’après-midi, et nous prenons le temps de vider nos valises et d’investir la salle de bains avant de nous rendre à La Châtre où, aux dires de Mme Aprioux, de nombreux restaurants offrent des prestations de qualité.

Manifestement, notre logeuse a raison. Les bonnes tables qui s’étalent au long des rues nous permettent un choix facile, compromis entre notre appétit et notre porte-monnaie. Convaincus depuis peu que le repas du soir se doit d’être léger tout en restant agréable, nous optons pour une pizzeria qui propose une liste de salades aussi raffinées qu’appétissantes. Le vin rosé frais qui accompagne notre frugal mais délicieux repas nous mène à la tombée de la nuit.

Nous rentrons chez Mme Aprioux qui nous prodigue quelques conseils pratiques ayant trait à notre logement avant de nous recommander vivement une visite de la maison de George Sand à Nohant. Nous ne pouvons retenir un sourire tout en confirmant que nous sommes là pour cela… Déjà, voici deux ans, nous avions eu l’occasion de visiter ce lieu, un peu trop rapidement à notre avis. C’est pourquoi nous sommes de retour dans le Berry, bien décidés à investir le lieu et en tirer un plaisir maximum !

Après le bonsoir, nous rejoignons notre chambre où, fourbus par le trajet de la journée, nous ne tardons pas à nous coucher. Les romans déposés sur notre table de chevet resteront fermés ce soir. Seule la perspective de la visite du lendemain nous empêche de trouver un sommeil rapide.

 

30 juillet 2005

 

 

Surprise ! Nous trouvons à la table du petit déjeuner deux couples qui conversent bruyamment et évoquent leur ressenti réciproque sur le concert auquel ils ont assisté la veille à La Châtre dans le cadre du Festival Chopin. Nous les saluons et nous asseyons. Il est délicat d’entrer dans une conversation qui ne nous est pas destinée. C’est seulement à la faveur de l’intervention de Mme Aprioux que l’éloquence des uns et des autres s’interrompt pour trouver dans les confitures maison le sujet suivant. Notre fine logeuse, largement complimentée, apporte  force détails de confection, livrés comme autant de secrets culinaires.

Nos nouveaux compagnons ont entre quarante-cinq et soixante ans, comme beaucoup des personnes qui fréquentent les chambres d’hôtes… Ce sont des gens cultivés principalement attirés par un tourisme culturel. Ils n’ont pas le parler simple. Nous nous sentons un peu en décalage et tâchons de remédier à cet état de fait en exagérant une aisance que nous sommes loin de posséder.

Au fil de la conversation qui a fini par abandonner les immenses qualités gustatives des confitures de Mme Aprioux, nous apprenons qu’un des couples est dans le secteur pour la durée du festival (le mari est médecin et musicien, sa femme mélomane avertie), et part aujourd’hui, après un ultime concert, alors que le second couple, qui a encore une journée à passer dans la région, envisage la visite de la maison de Nohant et quelques balades champêtres. Finalement, ils nous apparaissent tous très sympathiques et  je ne suis pas loin de considérer cela comme un heureux présage.

Le petit déjeuner ne peut durer raisonnablement plus d’une heure, aussi, les uns et les autres l’ayant tacitement compris, nous nous séparons en nous souhaitant une bonne journée. Nous retournons à la chambre, terminons notre toilette, puis confirmons un pique-nique pour le repas du midi.

Nous quittons la chambre d’hôtes vers dix heures trente, allons faire les courses indispensables à notre repas du midi à La Châtre, la glacière branchée sur la prise douze volts du coffre permettant de conserver l’ensemble dans un parfait état de conservation et de fraîcheur, puis prenons la direction de Nohant. Nous nous acquittons rapidement du court trajet et arrivons sur le parking réservé aux visiteurs. Là, se trouve une table de pique-nique libre, parfaitement ombragée. Il est tout juste midi, nous décidons de manger avant de partir en visite. Aucune contrainte matérielle ne viendra ainsi gâcher notre plaisir.

Du parking attenant, nous prenons le chemin de terre qui mène vers la petite place sereine et typique. Nous passons devant deux jeunes femmes probablement employées à l’auberge « La petite Fadette ». Elles sont assises au soleil et fument une cigarette en parlant fort de choses banalement impertinentes.

La minuscule mais incontournable église romane trône au beau milieu de cet espace lumineux et très ensoleillé, comme un appel du passé.

Nous nous approchons… Par un accord tacite entre nous, chacun va de son côté. La visite est une chose personnelle que l’on ne peut partager qu’à posteriori. 

Nous pénétrons ce modeste édifice et nous régalons de sa fraîcheur. Sa simplicité et son odeur pieuse nous rendent son accès coutumier.

Nous faisons le tour, chacun à notre façon. Sylviane, toujours assez rapidement, sans économiser ses allers et venues, moi avec minutie, attentif au moindre détail qui pourrait me révéler un peu de l’intimité du lieu. 

Près de la sortie, mon œil est arrêté par une affichette que je déchiffre. Elle parle d’un autre temps, du jour de la cérémonie d’enterrement de George Sand, en 1876. Alors, j’imagine cet espace liturgique plein des grands esprits de l’époque, j’entrevoie la foule mêlée des humbles et des puissants… Quelques titres de romans me viennent à l’esprit, La mare au diable, La petite Fadette, et je suis transporté ailleurs. Le désir d’aller plus loin m’assaille. Je ressens le besoin d’étancher cette soif qu’on ne ressent qu’à l’approche de l’indicible…

En sortant de l’église, nous nous retrouvons et nos yeux complices trahissent notre bonheur. Notre regard se dirige naturellement sur la gauche pour atteindre le portail massif de la propriété familiale de George Sand, grosse bâtisse bourgeoise achetée par sa grand-mère Marie Aurore de Saxe alors qu’elle voulait fuir la Révolution française de 1789.

Nous n’hésitons pas un instant, nous prenons nos billets d’entrée et attendons patiemment le départ de la visite guidée fixé à treize heures trente. Nous masquons notre impatience derrière une désinvolture qui convient au lieu.

Nous faisons nonchalamment le tour du magnifique parc dans lequel le service culturel du Conseil Général de l’Indre propose une série de panneaux offrant aux visiteurs que nous sommes quelques beaux textes littéraires ayant pour thème unique des descriptions de femmes rendues célèbres par Balzac, Zola, Proust et bien d’autres. Cette digression champêtre et romanesque à la fois nous amène à l’heure fatidique et nous rejoignons bien vite le perron de la demeure tant espérée !

La visite peut commencer, nous sommes prêts à l’apprécier à sa juste valeur.

On ne sait par quel miracle les guides de la maison de Nohant ont tous un charisme qui sied à l’édifice et ses illustres habitants ! Après deux visites, l’éloquence et la conviction de chacun des guides m’ont toujours très agréablement surpris.

L’ensemble des pièces est resté meublé tel que George Sand les a voulues. On doit ce miracle à sa petite fille, Aurore, qui a vécu ici jusqu’à sa mort en 1961 en préservant la mémoire de son aïeule vénérée.

Merci à elle ! La cuisine semble prête à reprendre du service sous l’autorité de la maîtresse de maison, les chambres sont simples et charmantes, le petit théâtre semble attendre le retour des habitants du lieu partis en voyage… L’esprit  de George, la fantaisie de son fils Maurice, la délicatesse de sa fille Solange, les grands parents, les descendants et illustres visiteurs sont bien présents. Ils ne sont que temporairement absents de leur demeure.

En jetant un œil furtif mais acéré dans le petit cabinet George Sand, vers son petit bureau improvisé dans le placard, on croit deviner une ombre féminine d’un autre temps qui se cache dans la pénombre pour ne pas rompre le charme mystérieux qui vous étreint le cœur et fait défiler dans votre tête une multitude d’agréables images nourries par la moisson de votre regard et les anecdotes judicieuses et colorées du commentateur.

Dans la salle à manger, la table est dressée avec le service de l’époque, dans l’attente d’un improbable repas où les fidèles de George, sa famille et ses amis, sont placés suivant un plan de table inspiré. Le magnifique décor et l’imposant lustre italien très coloré confèrent à la pièce un statut privilégié sur la partition de la maîtresse des lieux qui n’a toujours pas quitté les lieux. Elle rôde ici, fantôme improbable d’une grandeur passée et enviée qui tente de résister au travail de sape du temps et de l’oubli.

Une heure en ces lieux passe trop vite. Nous quittons la maison en formant le voeu d’y revenir sans trop tarder. Un visiteur, comme nous émerveillé, nous recommande un détour par le village de Gargilesse abritant la petite maison de campagne de la famille Sand. Cette modeste habitation fut tout particulièrement utilisée pour leurs recherches sur les papillons et les chenilles !

Avant de reprendre la route, nous ne manquons pas de visiter le petit cimetière familial qui jouxte la demeure principale Nous nous recueillons quelques instants devant les sobres tombes qui abritent ces êtres dont nous avons appréhendé l’existence et qui nous semblent déjà si familiers. Nous recherchons les liens de parenté, les absents éventuels. Nous mettons tout en œuvre pour faire durer notre bonheur et oublier qu’en ce lieu particulier et solennel, c’est l’inexorable et terrible réalité de la mort des êtres chers qui s’étale à l’ombre des résineux et sous l’envahissante luxuriance du lierre.    

Retour au parking et à la réalité. Nous glissons notre véhicule dans la circulation après cette trop courte et nostalgique parenthèse qui nous a définitivement marqués.

Il est quinze heures trente, nous partons visiter le château d’Ars, puis le moulin d’Amgibeau, mais le cœur n’y est plus. Nous semblons avoir épuisé notre capacité d’émerveillement à Nohant.

Le temps de trouver un petit restaurant sympathique à La Châtre pour le repas du soir, de rentrer à la chambre nous rafraîchir et nous détendre que déjà le soleil décline à l’horizon. Nous partons nous restaurer. Le repas, qui a la fadeur de cette fin de journée, traîne un peu en longueur et il nous reste peu de temps libre avant le coucher. Malgré tout,  nous sacrifions bien volontiers quelques longues minutes à notre roman du moment avant d’éteindre la lumière. Sylviane se délecte de l’écriture très féminine de Lorraine Fouchet dans De toute urgence, tandis que je me noie avec délices dans Deuil Interdit le dernier mais très bon thriller de Michael Connelly.

 

31 juillet 2005

 

Matin radieux, soleil lumineux et petit déjeuner très sympathique. Le couple resté à la chambre d’hôtes doit partir ce matin. Comme nous les avons croisés hier lors de la visite de Nohant, nous trouvons dans l’échange de nos impressions un sujet intarissable. De toute évidence, ils ont un ressenti très proche du nôtre, et il n’est pas difficile d’évoquer nos expériences personnelles. Nous nous comprenons à demi-mot.

Mme Aprioux reste discrète. Elle a la délicatesse des gens qui savent quand intervenir ou écouter. Son activité d’hôtesse lui va comme un gant ! Quelquefois, autant par respect que par curiosité, nous sollicitons son avis ou lui enjoignons de nous apporter certains éclaircissements qui ne peuvent être trouvés qu’auprès des autochtones. Alors, elle devient volubile et s’acquitte de sa mission avec beaucoup de savoir-faire et de compétence. On dirait qu’elle a lu toute l’œuvre, pourtant énorme, de George Sand et qu’aucun lieu sandien ne lui est étranger ! Nous nous plaisons, les uns et les autres, à la taquiner en lui indiquant combien la région serait triste sans George Sand, seul vrai capital culturel, peut-être un peu surexploité dans un vaste rayon de quarante kilomètres à la ronde ! Elle en convient gentiment avec un sourire qui semble dire « Vous n’êtes pas les seuls à le remarquer ! »   

Nos nouveaux amis n’iront pas à Gargilesse car ils partent ce matin retrouver leurs enfants à côté du Mans. Ils envisagent de revenir ici prochainement afin de visiter Gargilesse. Je pense que, sans l’avouer, les uns et les autres souhaitent pouvoir se rencontrer à nouveau pour prolonger les bienfaits d’une expérience commune particulièrement marquante. Finalement, on n’échangera pas nos adresses… Il faut également compter sur le risque de voir le charme rompu lorsque le lien qui nous unit ne sera plus qu’un souvenir commun.

Gargilesse est à cinquante kilomètres, une bagatelle pour ce qui ressemble de plus en plus à un pèlerinage. L’itinéraire se compose de petites routes très sinueuses qui serpentent jusqu’à la vallée de la Creuse. Juste avant Gargilesse, à l’heure du repas, nous faisons une halte au Pin, à Argenton sur Creuse. Plus tard, nous apprendrons que ce lieu était la dernière étape du long trajet qui menait George Sand à Gargilesse. Il ne reste qu’à descendre dans la vallée pour atteindre notre but. Faute de route suffisamment carrossable, George Sand accomplissait cette descente à pied, aidée par le paysan Moreau et son âne !

L’hôtel du Pont noir laisse découvrir, derrière une façade austère et assez peu engageante, une grande salle de restaurant confortable ouverte sur la vallée. Le point de vue est admirable, et le menu ne souffre aucune critique. La patronne est gentille, attentionnée avec ses clients. On comprend que la saison touristique est courte et que tout est mis en œuvre pour donner l’envie aux touristes de revenir en ce lieu agréable.

Nous reprenons la voiture, après avoir complimenté notre hôtesse et demandé les tarifs de sa pension, au cas où…

La route est faite de quelques virages au bout desquels nous découvrons enfin Gargilesse. Notre étonnement est total. La vallée, très encaissée à cet endroit, distribue avec équilibre son espace entre une végétation vert foncé et d’antiques habitations rurales. Les zones très ombragées, abritées du soleil, rivalisent avec des zones frappées par une lumière d’une intensité exceptionnelle. Ce contraste contribue à rendre le point de vue magnifique !

Nous nous garons sans tarder, puis pénétrons avec empressement dans ce village qui semble tout droit sorti  d’un roman champêtre sandien.

Nous découvrons que les peintres ont élu domicile à Gargilesse depuis longtemps déjà. Les témoignages de quelques gloires passées côtoient quelques peintres modernes aux goûts picturaux assez discutables.

 Le château est imposant, et nous ne nous lassons pas de ces petites rues pittoresques en cherchant la maison de George. Nous descendons vers le bas du village et soudain, sur la droite, elle apparaît…

Nous sommes surpris, car sa taille est à l’inverse des demeures habituelles de George Sand. La maison est ridiculement petite. Pourtant il émane d’elle une aura qui fait battre plus rapidement notre cœur conquis. L’escalier de pierre qui permet d’accéder à la porte d’entrée est usé par les ans. Dans la petite entrée, une guide d’âge mûr monopolise toute l’attention d’un public enthousiaste. Tout en répondant aux questions des uns et des autres, elle distribue, contre rétribution, les tickets d’entrée.

Nous, nous sommes subjugués par les vitrines et les souvenirs sandiens qui nous sautent à la figure. C’est une débauche invraisemblable d’objets divers, de petits meubles et de gravures qui se pressent pour nous raconter un peu de l’intimité campagnarde de la romancière.

Le magnifique tableau original de Véron qui représente cette maison en 1859 trône au milieu du mur et on ne peut le manquer. Il illumine le lieu de sa présence.

Nous prenons notre billet, puis restons attentifs aux paroles de ce guide à la verve authentique qui a eu la chance de connaître Aurore après qu’elle eut fait l’acquisition d’une maison à Gargilesse aux environs de 1950.

La visite s’engage. Bien des commentaires nous sont maintenant familiers, mais quand on aime, on ne se lasse pas… La petite chambre est une surprise. Elle ne fait pas beaucoup plus de six mètres carrés et le lit d’époque flanqué dans l’encoignure donne à l’ambiance un réalisme qui nous touche. Le cabinet de toilette de voyage semble attendre sa maîtresse…

La pièce suivante est dédiée à Maurice, le fils fidèle et exclusif. S’y trouvent pêle-mêle des collections de papillons, d’insectes divers, quelques marionnettes, un outillage abondant de capture, d’anciens manuscrits, des effets personnels… Contempler tout cet intéressant et historique fatras prend du temps et nourrit notre plaisir.

La cuisine est joliment agencée, mais aussi rudimentaire que minuscule. Le confort n’était pas l’essentiel ici ! Nous apprenons sans réelle surprise qu’au 19ème siècle, la distance qui sépare  Nohant de Gargilesse nécessitait cinq bonnes heures de voiture à cheval lorsque l’état des chemins le permettait. Dans de mauvaises conditions, le voyage pouvait durer un à deux jours !

Au rez-de-chaussée, on devine encore l’ancien four à pain banal transformé en écurie par l’amant et le confident de l’époque, ce cher Alexandre Manceau qui veille sur sa bien-aimée.

Notre guide en a fini. Pourtant, elle n’hésite pas à répondre aux questions qui ne cessent de fuser des gorges envoûtées par la magie du lieu.

Avant de repartir vers des contrées plus ternes, nous achetons deux livres de George Sand qui nous permettront de garder un lien avec ce lieu, d’apprendre à le mieux connaître : Carnets de voyage à Gargilesse et Promenades autour d’un village. Un peu tristes, nous n’oublions pas de féliciter notre guide pour la qualité de sa prestation.

Il reste peu à dire qui ait une réelle importance à présent. Nous flânons encore dans Gargilesse, étanchons notre soif à la terrasse du premier bistrot sympathique, puis retournons à la voiture qui nous ramènera à Thevet Saint Julien en faisant un détour par l’imposant château de Sarzay dont la visite est superflue, puis à une épicerie qui nous permettra d’assurer le repas du soir.

Nous soupons simplement dans le parc de la chambre d’hôtes. L’enchantement se termine. Le cœur n’y est plus, car le départ est pour demain. Sylviane va retrouver son livre, moi je vais faire un tour à pied dans la campagne environnante. La quiétude du lieu sied à mes états d’âme, pas très enjoués… Heureusement, sur le chemin, j’ai la chance de voir détaler trois lapins, s’envoler un magnifique héron cendré et s’affoler une poule d’eau. Ces petites consolations misérables mais authentiques rendent ma mélancolie moins dure à supporter. Je vais me coucher alors que le soleil décline derrière le vallon, noyant d’or cette inestimable contrée.

 

Gilbert Paillette, juillet-août 2005

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 18:44

Si le doute subsiste…

 

 

Á la course à pied, ce qui est le plus difficile, ce sont les premières minutes. Les muscles sont froids, rechignent à l’effort, le souffle s’emballe inutilement, toutes nos petites faiblesses remontent à la surface pour nous crier d’arrêter !

Moi, je connais… Depuis vingt ans que je pratique cet effort particulier, j’ai appris à gérer ce refus des organes à tirer le meilleur d’eux-mêmes, j’ai dompté cette révolte inutile de mon corps !

Ce soir, il fait beau. Le soleil est bas, mais l’air indique la présence bien réelle du printemps. Mon chronomètre indique 2’34’’. Le stade de la révolte est pratiquement passé. Je sors du village et m’enfonce dans la campagne en empruntant les chemins. Je calque ma respiration sur la cadence de mes foulées. Tout va bien… La campagne est belle et prometteuse…

Pourtant, un doute subsiste dans mon esprit. Comment se fait-il que je m’entraîne ce soir ? D’habitude, je n’ai jamais le temps de m’entraîner le mardi soir. C’est le jour du ravitaillement au Centre Leclerc. Christine, ma chère épouse, n’aurait pas évité ce sacro-saint pèlerinage dans le temple de la consommation sans raison valable !

Je suis sujet à des trous de mémoire trop nombreux qui empoisonnent mon quotidien mais amusent beaucoup mon entourage. La course à pied, en accélérant ma circulation sanguine, stimule mes neurones et je dois dire que c’est un moment privilégié de réflexion et d’introspection pour moi. Pendant cet exercice, mon cerveau semble fonctionner normalement, comme sorti de sa léthargie habituelle. Je retrouve des souvenirs, j’élabore des stratégies machiavéliques, je règle mes comptes symboliquement avec des personnes désagréables ou nuisibles.

Donc… où en étais-je ? 4’57’’ ! D’après mes repères, j’ai déjà passé le premier kilomètre et je cavale entre 4’50’’ et 5’ au kilomètre. Un peu faiblard, mais ce n’est que le début ! Ne jamais oublier la phase d’échauffement. La galvauder peut faire perdre beaucoup de l’énergie nécessaire en fin de parcours.

Ah, oui ! J’ai averti Christine que la météo était inespérée et que je voulais en profiter pour aller courir en rentrant du boulot. Nous rentrons à Sillé le Philippe en voiture chaque soir, laissant derrière nous la ville stressante et nauséabonde pour retrouver la campagne sereine et vivifiante.

Comme à son habitude, lors du trajet, elle a bâti toute une tragédie sur mon égoïsme, mon incapacité à réfléchir plus loin que le bout de mes baskets, et j’en passe…

Dans ces moments-là, je préfère me taire afin de ne pas envenimer les choses. Pourtant elle m’agace furieusement. Tiens, si je l’avais à portée de mains, je lui sauterais à la gorge ! Rien que d’y penser, mon rythme cardiaque s’accélère inutilement, il faut que je me calme…

Une, deux, une, deux… Ce qui est important dans la course à pied, c’est de trouver le bon rythme. Pas trop rapide, pas trop lent, juste la bonne mesure pour tenir une heure, deux heures, trois heures, presque indéfiniment, en accord avec le souffle, comme une musique ancienne scandée par des tambours puissants et réguliers…

Après être passé devant le château de Passay, j’aborde les bois. Le sentier commence tristement en longeant le dépôt d’un ferrailleur qui étale ses carcasses métalliques en tout genre sur deux cents mètres, rendant le site impropre au regard et son entreprise écologiquement méprisable…

Je m’énerve encore… Cool, Michel ! C’est pas toi qui règleras ce problème d’environnement ! Christine milite chez les écolos et passe son temps à envoyer des articles et des photos à la mairie et dans les journaux locaux pour dénoncer ce qu’elle appelle « la pitoyable agonie de la nature ». Cool, Christine ! T’y peux rien non plus ! Si le maire ne veut pas bouger, t’arriveras à rien… Elle sait pas à quel point elle m’énerve !

Tiens, j’ai des taches sur mon tee-shirt. Merde ! Pour un peu, on dirait du sang…

Un doute s’immisce à nouveau dans mon esprit : d’où viennent ces taches ? J’étais sûr d’avoir pris un tee-shirt propre et repassé dans la lingerie…

13’30, je sors du bois. J’ai donc fait 3 kilomètres. Cela fait juste 4’30’’ au kilo ! Merde ! Je vais un peu vite ! La mécanique s’emballe, on dirait ! Pourtant, je me sens bien, pas fatigué, pas de douleurs dans les jambes… Je sais, c’est toujours trompeur cette impression de bien-être qu’on éprouve lorsque le corps est pleinement dans l’effort, dopé par l’adrénaline qu’il s’injecte massivement.

C’est quand même pas ordinaire de ne pas pouvoir se rappeler d’où vient ce tee-shirt… Christine ne m’aurait pas laissé partir avec une tenue sale ! Pourtant, c’est bien le cas… Y’a quelque chose qui tourne pas rond…

Le bitume. Particularité du bitume : il aide la foulée, mais il peut faire mal en raison de sa dureté. J’essaye, autant que possible, de courir sur le bas côté, mais il faut que je veille où je mets mes chaussures pour ne pas risquer de me tordre les chevilles dans un trou ou sur un obstacle caché… Eh puis, il faut être bien chaussé. Moi, je prends toujours des runnings montées sur semelles amortissantes, genre air quelque chose.  On ne se méfie jamais assez du mal que peut faire une mauvaise chaussure à la longue. Comme une mauvaise épouse… Ca vous lamine tout doucement et un beau jour, vous vous réveillez en pensant « Que suis-je devenu ? Comment ai-je pu tomber si bas ? »

Mince alors ! Mes baskets sont constellées de petites taches rouges, comme des éclaboussures. Mon pantalon également, exactement comme mon tee-shirt. C’est quoi ce délire ? J’ai piétiné dans une flaque d’eau rougeâtre sans m’en apercevoir ou quoi ? Peut-être en passant devant le ferrailleur… Il y avait pas mal de flaques d’eau douteuses dans le chemin…

Mon chronomètre indique 27’32’’ quand je passe devant les étangs de la Laire. Je cours  depuis 6 kilomètres. Cela fait toujours 4’30’’ au kilo ; pas de baisse de régime. Je suis bien dans le coup ce soir… Si je pouvais trouver pourquoi mes vêtements sont dans ce triste état, ce serait parfait…

Le gardien des étangs habitait sur place, dans une caravane délabrée… Il a disparu depuis quelques mois sans raison connue. Un mystère, quoi !

J’aime les mystères… Géraldine, ma maîtresse depuis deux ans ne cesse de me le répéter. Michel, arrête tes mystères, dis la vérité à ta femme ! Tu sais bien qu’elle se doute de quelque chose et de toute façon, entre vous, c’est fini ; tu te caches la vérité ; sois toi-même au moins une fois dans ta vie… En fait, ce qu’elle veut, c’est que je vienne vivre avec elle. Elle fait fausse route si elle croit que je vais assumer l’éducation de ses deux odieux bambins et la supporter à longueur d’année ! Pour la bagatelle, ça roule… Elle en connaît un rayon, on ne peut pas lui retirer cette qualité. Mais de là à vivre avec elle… Quitter une emmerdeuse pour retrouver une casse je sais bien quoi… Vous voyez ce que je veux dire ! C’est humain. C’est même définitivement MASCULIN ! Tout ça, je n’oserais jamais le dire à qui que ce soit… Ce n’est pas politiquement correct, ça ne ressemble pas du tout à l’image que je donne à voir. Franchement, si chacun osait dire ce qu’il pense, on serait rudement surpris…

Tiens, me voilà déjà arrivé au cimetière ! Bizarre cette impression de laisser derrière soi quelques minutes sans souvenirs, comme une étrange parenthèse dans sa propre existence. Il paraît que ça arrive à tout le monde, quand on met son attention en sommeil, accaparé par ses pensées, tout en continuant son activité de façon mécanique : conduire une voiture, marcher, faire du vélo, et courir… Notre vie est pleine de trous, de zones d’ombre impossible à éclairer…

Christine ne semble pas connaître cet état de pseudo endormissement éveillé. Elle est toujours aux aguets, très concentrée et certainement incapable d’évasion onirique… Elle est terre à terre, sans imagination.

Moi, j’aime le rêve, la littérature, le cinéma, la musique, la peinture… Toutes ces traces laissées par les créateurs alors que leur geste et leur pensée ne leur appartiennent plus, qu’ils sont porteurs d’une vérité qui les dépasse et dont ils offrent une interprétation qui peut être belle ou touchante si elle reçoit un écho chez le spectateur…

 36’21’’ pour 8 kilomètres. La côte du cimetière a fait baisser un peu la moyenne. A moins que cette période d’absence éveillée m’ait fait perdre le rythme… J’accélère dans la petite côte qui ramène dans les bois, et le retard sera comblé ! Je sais, on dit toujours qu’il faut éviter d’accélérer en montée, mais au contraire raccourcir la foulée en restant dans le rythme, moi, je n’aime pas cela ; j’ai la faiblesse de croire que je suis très fort en montée… Une, deux, Une, deux !

Dire qu’on risque de finir là, dans ce lieu énigmatique, dans un cimetière… Christine passe son temps à craindre ce dernier instant sur la terre, la seconde où tout chavire pour un au-delà aussi incertain qu’improbable… Elle voudrait mourir dans son sommeil. Courageuse, quoi ! Moi, je crois en avoir pris mon parti. Je suis prêt à mourir, mais je ne veux pas mourir salement, dans le sang, obliger le personnel de secours à ramasser les morceaux en retenant leurs hauts de cœur ! Donner l’envie de vomir aux gens, c’est la perspective que j’exècre le plus au monde ! Christine, ce n’est pas son problème.

La seule chose qui l’intéresse c’est de mourir sans s’en rendre compte, proprement et en douceur. Imbécile ! Ce n’est pas toi qui choisiras ! Lorsque tu auras été victime d’un accident de la route ou d’avion, et après avoir bien souffert, tu seras peut-être un tas de viande sanguinolent et répugnant qui donnera longtemps des cauchemars au personnel de secours ! Qui sait ?

Elle m’énerve, si elle savait comme elle m’énerve ! Si ça se trouve, c’est elle qui a taché ma tenue de course. Elle hait la course à pied, comme elle hait tout ce qui vient de moi ! Pauvre c…, si elle savait combien je la déteste !

Château d’eau ! Tout le monde descend ! C’est le point culminent du village. Maintenant, il me reste 900 mètres à courir en descente. Le chrono est tout bon : neuf kilomètres pour 40’34’’. Toujours 4’30 au kilo ! Un régal ! Ceux qui n’ont jamais couru ne peuvent la moindre idée de ce que l’on ressent dans ces moments-là. Une impression de voler et un sentiment de puissance indéfinissable qui font de cet effort un vrai bonheur !

Le vrai bonheur, ce serait de suivre les conseils de Géraldine, quitter Christine, mais pas pour vivre avec Géraldine, vivre plutôt seul, avec mes passions et mes choix personnels ! Allez, on accélère le train, c’est toujours bon de finir par un sprint !

Tiens, la porte du garage est restée ouverte ?

J’ai un peu de mal à reprendre ma respiration. Mon cœur bat la chamade et mon pouls s’est emballé. De grosses gouttes de sueur ruissellent sur mon visage et agressent mes yeux. Le verdict du chrono est sans appel. C’est une bonne sortie qui confirme ma progression actuelle.

J’entre dans le sous-sol. Le silence exceptionnel qui règne m’inquiète. J’ai le sentiment de retrouver un moment de ma vie que j’aurais oublié par nécessité… comme un cauchemar… J’ôte mes baskets et prends l’escalier qui mène à l’étage. Une pensée noire se forme dans mon esprit, comme un nuage noir d’orage cache le soleil pour apporter la pluie…

La porte de l’étage est également ouverte… J’avance, un nœud dans le ventre… Je pénètre dans la cuisine… Mon dieu !

Christine est là, couchée sur le carrelage dans une position indescriptible. Son sang recouvre le sol et éclabousse les murs. Des marques de pas, celles de mes baskets et celles de ses mocassins,  sont visibles dans la pièce. Elles indiquent un corps à corps effroyable et sanglant.

Le doute ne peut subsister plus longtemps, malgré mes efforts pour refuser l’évidence. Une lettre à peine chiffonnée trône sur la table. D’où je suis, je peux reconnaître l’écriture de Géraldine. Elle annonce brutalement à Christine notre liaison. Je me rappelle… le courrier… Christine qui crie, qui hurle… moi, énervé, puis menaçant… ce couteau de cuisine à portée de main… Si le doute subsiste, ce n’est pas à mon avantage…  

Les larmes ont remplacé la sueur sur mon visage, lavant progressivement mes yeux de ce sel cruel et noyant tout mon être dans une douleur sans fond.  

 

Michel ANge mai 2006

 

Note de l'auteur : Cette petite nouvelle a été écrite à l'occasion d'un concours... Elle n'est ni autobiographique ni de grande qualité d'ailleurs !

 

 

 

 

 

 

  

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Published by MichelAngelo - dans Mes Nouvelles
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