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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 13:00

Les-ames-grises.jpgEn décembre 1917, La stupeur  et l’incompréhension sont  totales à la découverte du corps de Belle de jour, assassinée au bord de la rivière. Belle de Jour n’avait que dix ans.  Son innocence et sa beauté ajoutent, s’il est besoin, à l’horreur du méfait.  Le front est à quelques kilomètres de là et le tonnerre des canons berce douloureusement la région.

L’enquête est prise en charge par le Juge Mierck, odieux et obséquieux personnage qui ne s’attire guère la sympathie des villageois. Le mystérieux procureur Destinat l’assiste, alors que les gendarmes, devant la gravité de la situation, ou pour d’autres obscures raisons, sont mis sur la touche...

Le narrateur, dont on apprendra qu’il est policier, va nous emmener sur les traces des différents protagonistes et tenter d’expliquer ce qui va faire de l’enquête un parfait fiasco, démontrant combien le manque d’objectivité, les intérêts antagonistes et une certaine lutte des classes vont se combiner pour obtenir un piètre résultat.

En ce monde bouleversé par une guerre particulièrement monstrueuse où la mort s’affiche à chaque instant, on nage dans un univers très noir. Les individus montrent leur lâcheté autant que leur humanité et bien présomptueux sera celui qui pourra juger de l’innocence ou de la culpabilité des uns et des autres.

Philippe Claudel signe une œuvre majeure bâtie sur la désespérance et l’impossibilité d’établir une hiérarchie des valeurs dans les actes posés par des hommes perdus au milieu d’un naufrage : « Pour essayer de comprendre les hommes, il faut creuser jusqu'aux racines. Et il ne suffit pas de pousser le temps d'un coup d'épaule pour lui donner des airs avantageux : il faut le creuser dans ses fissures et lui faire rendre le pus.» C’est aussi une réflexion sur la vie, la mort, le temps qui passe et efface tout, même les hommes… Cette rédemption par l’oubli est certainement notre lot à tous sur cette Terre : « Rien n'est ni tout noir, ni tout blanc, c'est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c'est pareil... »

Les âmes grises  a fait l’objet d’une adaptation cinématographique par Yves Angelo avec le concours de Philippe Claudel pour les dialogues. On y retrouve Jacques Villeret, Jean-Pierre Marielle et Denis Podalydès. Ce film, convenable en tous points, n’égale pourtant pas l’œuvre littéraire qui seule pouvait rendre la puissance d’un cheminement souvent fait de silences et de vérités émises à demi-mots avec en toile de fond la souffrance des êtres.

Cet ouvrage reçu de nombreuses distinctions méritées : Prix Renaudot en 2003, consacré meilleur roman de l’année par le magazine Lire, Grand Prix des lectrices de Elle.

 

MichelANgelo 2013

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Published by MichelAngelo - dans Romans
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