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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 11:42

13487_1224441.jpegBien que purement imaginaire, cette épidémie de peste qui touche Oran au milieu des années quarante est décrite avec un réalisme exacerbé. Pourtant, le propos de Camus va bien au-delà de la simple chronique factuelle. Il nous décrit la lutte de ces hommes contre la maladie au quotidien et montre comment l’humanité qu’on porte en chacun de nous peut se révéler dans des conditions extrêmes.

Le docteur Rieux, le chroniqueur Tarrou,  le trafiquant Cottard, l'employé de mairie Grand, le prêtre Paneloux, le journaliste Rambert vont se battre contre la maladie, chacun avec leurs convictions si différentes et pourtant si proches : « Le vieux avait raison, les hommes étaient toujours les mêmes. Mais c’était leur force et leur innocence et c’est ici que, par-dessus toute douleur, Rieux sentait qu’il les rejoignait. (…) On apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser ».

Camus dira que la peste c’est  l’exil, la séparation d’avec les êtres chers. Ceux qu’on n’est pas sûrs de revoir ou ceux qu’on a perdus, victimes de la maladie… C’est aussi l’absence de mémoire et de futur car on ne vit que dans l’instant présent et morbide imposé par l’épidémie. Cet instant tragique constamment répété et douloureux va profondément modifier les acteurs de cette histoire, de façon consciente ou à leur insu et cela de manière définitive.

On a coutume de dire que Camus a voulu établir un parallèle avec la période de l’occupation nazie dans ce roman. Qu’il montre la conversion intellectuelle et l’altruisme propre aux résistants d’alors. Qu’il donne à voir la dualité entre la lâcheté et l’héroïsme propres à cette époque… Personnellement, je ne le pense pas.

Le roman de Camus mérite mieux que d’être résumé à une métaphore de cette époque de guerre et d’occupation.

Pour moi, il transcende le genre, si genre il y a,  et  montre une humanité à la fois fragile et forte, telle qu’elle apparait sans fard alors qu'elle traverse une crise majeure, quelle qu'elle soit. Cette humanité faite de vie, d’amour, de haine, de violence et de mort, mais aussi capable d'étouffer ses penchants les plus vils pour surmonter les aléas dûs à l'absurdité de la condition humaine.

Ce qui apparaît absurde au fil des pages, c’est cette indifférence de la mort à frapper sans distinction de mérite, de degré d'innocence ou d’âge. Cette absurdité est hélas universelle et vérifiable à chaque instant et à toute époque. Mais c’est elle aussi qui nous rend, d’une certaine façon, égaux… Tout le reste mérite qu'on place un peu d'espoir dans la capacité de l'homme à se dépasser.

Terminons avec une citation qui semble résumer l’ensemble de l’ouvrage : « Je sais seulement qu’il faut faire ce qu’il faut pour ne plus être un pestiféré et que c’est là ce qui, seul, nous faire espérer la paix, ou une bonne mort à son défaut. C’est cela qui peut soulager les hommes et, sinon les sauver, du moins leur faire le moins de mal possible et même parfois un peu de bien. Et c’est pourquoi j’ai décidé de refuser tout ce qui, de près ou de loin, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, fait mourir ou justifie qu’on fasse mourir »

Et n'oublions jamais les belles leçons de Camus alors que, depuis 2008, la crise mondiale fait surgir devant nous le spectre de l'intolérance et du repli sur soi, de la haine et de l'incompréhension personnifiés par ce mouvement nationaliste appelé Front national... 

MichelANgelo 2013

 

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Published by MichelAngelo - dans Romans
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