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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 18:47

letranger.jpgQue puis-je ajouter aux milliers de critiques qui ont fait de ce court roman un monument de la littérature française ? Juste apporter un témoignage, et signifier une fois encore combien la belle littérature se reconnait parce qu’elle touche à ce qui fonde l’humanité, notre lot à tous : la vie, la mort… et la conscience de l’inéluctabilité de notre destin sur Terre.

Peu importe le chemin emprunté par les personnages. Chaque écrivain apporte sa touche personnelle, engendre un univers réaliste ou imaginaire pour amener le lecteur vers la seule chose qui importe : la conscience humaine. Que son propos soit idéaliste, rassurant ou désespérant, ce qui compte c’est que le lecteur puisse s’interroger sur le sens de ses actes et de ses pensées. Un grand romancier est une lumière qui éclaire les ténèbres de ce monde obscur, un phare qui nous guide au travers des écueils, un passeur vers la prise de conscience.

Meursault subit son destin comme un lecteur qui n’aurait jamais lu. Ses sentiments et sa raison sont comme anesthésiés. Il n’est pas fou. C’est juste qu’il n’est pas acteur de sa propre vie. Il n’éprouve ni amour, ni tristesse, ni remords. Il répond toujours oui. Il n’a pas d’idéal. Il ne se bat pas, ne débat pas. Il vit dans l’instant présent et ne peut construire un futur car il ignore le passé.

« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier ». Cette entrée en matière sonne comme un avertissement. Meursault semble ne pas comprendre cet évènement ni à fortiori comment l’appréhender. Nulle douleur, nul regret… Dès le début, on comprend que Meursault est un étranger pour les autres et pour lui-même, et les faits vont nous entraîner dans ce vide sidéral et bousculer nos propres convictions.

Quand il tire à quatre reprises sur l’arabe déjà mort, il dira : « Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais à la porte du malheur ». Il aura fallu ce meurtre, cette effraction dans le noir de la mort pour qu’il entre de plein pied dans la lumière des vivants : « J’ai secoué la sueur et le soleil. J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux [….] »

Ses actes semblent seulement provoqués par ce soleil algérien qui darde ses rayons assassins sur lui, rendant sa lucidité défaillante. Pourtant, le soleil symbolise la lumière, la connaissance… Mais Meursault ne peut soutenir ces rayons aveuglants et veut s’en échapper.

Quel signe métaphorique envoyé par Camus ! D’autant qu’en prison, définitivement à l’abri de ce soleil trop puissant, Meursault va trouver une forme de sérénité et de lucidité en regardant des morceaux de ciel alors inoffensifs et apaisants. Il pourra enfin regarder la vérité en face : « …Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. »

Qu’ajouter d’autre ? Ces phrases sont la beauté même. Des phrases qui nous rassurent sur le destin tragique de l’humanité, qui nous portent à une douce acceptation si ce n’est à l’espoir… Merci Monsieur Camus.

 

MichelANgelo 2013

 

 

 

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Published by MichelAngelo - dans Romans
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