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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 15:45

A la réflexion de David Lodge (Rivages poche)

 

a la reflexionCe petit ouvrage est la compilation d’essais rédigés par Lodge au fil de sa carrière. Certains sont prononcés lors de colloques universitaires, d’autres dans des magazines littéraires anglais… Tous en en commun d’apporter une réflexion sur l’acte d’écriture et le roman en particulier.

En tant qu’érudit universitaire, certaines de ces pages sont difficiles à appréhender. Toutefois, pour qui fait l’effort d’aller au bout de chaque paragraphe, la satisfaction est toujours au rendez-vous. Lodge est expert pour fasciner le lecteur, même avec les sujets les plus ardus. Cela tient surtout à sa propre implication en qualité d’universitaire mais aussi et surtout en tant qu’écrivain. A ce titre, accéder à la genèse de ses principaux romans, d’en comprendre les implications et les philosophies sous-jacentes, de les voir démontés devant nous, fascinés par tant de virtuosité, est un bonheur absolu, sous réserve évidemment de les avoir lus au préalable…

Mais l’essentiel de Lodge n’est pas de parler de lui-même et de ses romans, mais d’aborder la notion même de création romanesque. Il s’interroge sur l’utilité des ateliers d’écriture, sur le roman comme instrument de communication, sur la réalité et la fiction au travers du roman, sur la nécessité d’enseigner la création littéraire. A cela s’ajoute des études très passionnantes sur le développement du roman dans la culture anglo-américaine incarnée par Defoe, Joyce, Greene, Eliot, Virginia Woolf et bien d’autres encore. En qualité d’ancien professeur, il sait faire preuve de pédagogie sous réserve que son auditoire (ici le lecteur) possède les prérequis indispensables à la bonne compréhension de son discours.

Critique lui-même, il mène une réflexion sur les diverses formes et l’utilité de la critique littéraire (universitaire, médiatique) mais aussi sur la critique comme création à part entière.

Il développe à plusieurs reprises, sous divers angles, la notion de conscience dans le roman après en avoir fait une analyse théorique, théologique et scientifique. C’est probablement la notion la plus fondamentale pour lui dans l’acte de création. Il oppose les écrivains dits modernes du 19ème siècle (pour qui l’intrigue, constituée d’une suite d’évènements, est avant tout un prétexte à l’introspection des consciences des personnages en scène), à la tendance postmoderniste du 20ème siècle pour laquelle, avec certains bémols, l’action l’emporte sur l’introspection, l’examen des consciences devenant implicite et à la seule charge du lecteur au gré de son ressenti propre. Pour Lodge, le développement du cinéma n’y est pas étranger, le propre du cinéma étant de s’inscrire dans l’action.

Dans son ouvrage, Lodge nous offre une grille d’analyse et de réflexion essentielle pour qui se passionne pour la littérature romanesque ou souhaite s’aventurer dans cet exercice solitaire et ardu.

Il reste un grand absent dans sa réflexion : l’influence incontestable des écrivains classiques français. Même s’il parle brièvement de Mauriac, de Camus, de Rousseau, Flaubert, Balzac ou de Robbe-Grillet, il occulte complètement Chateaubriand, Voltaire, Racine, Corneille, Montesquieu, Hugo, Zola, Dumas et bien d’autres qui ont forgé une culture romanesque qu’on ne saurait balayer d’un revers de main… De même pour les formes de romans dits mineurs que sont la science-fiction (hormis HG Wells) et le roman policier. Sachons lui pardonner ces oublis dans un ouvrage qui ne se voulait certainement pas exhaustif !

 

MicheANge 2013  

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Published by MichelAngelo - dans Philosophie
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