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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 11:10

Journaliste et photographe, Patrick bard nous entraîne à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, précisément à Ciudad Juarez où les multinationales emploient une main-d’oeuvre  peu qualifiée et très bon marché. L’étude sociale et sociologique n’est d’ailleurs pas inintéressante et l’auteur instruit son lecteur à bon escient, décrivant des conditions de vie dans les bidonvilles absolument édifiantes, créant au passage un premier sentiment de malaise chez le lecteur à l’égard de ces personnages à des années lumière de notre confort douillet de citoyen de pays riche

Les ouvrières, non contentes d’être exploitées, se retrouvent parfois assassinées dans des conditions atroces et livrées aux chacals dans le désert avoisinant. Un journaliste espagnol est envoyé par son journal pour enquêter sur cette tragédie qui semble inéluctable et impunie.

Ce brave et obèse Toni Zambudio  va atterrir à Ciudad Juarez et tenter de comprendre la situation. Très rapidement, il va être dépassé par des enjeux où politique, pouvoir, appât du gain, corruption, prostitution, misère absolue et vieilles croyances font bon ménage. Une course effrénée s’engage pour sauver celles qui peuvent l’être et démasquer le diable qui s’acharne sur les plus démunis.

Le rythme est mené tambour battant. Patrick Bard maîtrise bien son sujet puisqu’il a lui-même passé cinq années à cette frontière mexico-américaine, rapportant des photographies présentées dans une exposition sur ces esclaves modernes.

Les assassinats sont monnaie courante dans cette région, aussi le contenu du roman n’est que l’horrible excroissance imaginaire d’une situation bien réelle. Le destin de ces jeunes femmes fait frémir et émeut le lecteur. La volonté de Toni Zambudio pour leur rendre leur dignité se heurte au fatalisme ordinaire de la pauvreté qui veut qu’on ait le destin que l’on mérite. Les loups agissent dans l’ombre, donnant à sa mission le caractère d’une mission à la Dom Quichotte,  pathétique et éprouvante.

Les personnages semblent tout droit sortis d’un film où la caricature serait hélas tirée d’une vérité encore plus caricaturale. Le responsable de la police, seul homme dont l’honnêteté ne peut être suspectée, voit sa légitimité remise en cause. Quant aux associations de défense des familles de victimes, elles paraissent jouer un double jeu bien trouble…

Patrick Bard nous embarque dans sa galère au fil des pages que l’on tourne avec appréhension mais un certain plaisir, l’ensemble se montrant assez captivant. L’écriture est soignée. Il y a du Ellroy dans la façon de décrire l’indescriptible.

La course poursuite de la fin est un peu longue et l’on attend vainement un dénouement qui tarde à arriver. La surprise et la frustration seront au rendez-vous…

Au final, Patrick Bard nous sert un bon thriller français, sérieux et documenté. Reste cette impression de malaise qu’on peut éprouver à se sentir voyeur d’une situation ancrée dans une réalité authentiquement dérangeante. Son premier roman est un coup de maître. J’attends le prochain avec impatience.

 

Michelangelo 7/9/2017

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Published by MichelAngelo - dans Romans
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