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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 11:00

Qui est Vernon Subutex ? Voilà une question essentielle qui devient le fil conducteur d’une épopée contemporaine dans le Paris des excès en tous genres. Vernon a longtemps été disquaire jusqu’au moment où l’avènement du compact-disque l’a ruiné ainsi que tous ses semblables. Parfait connaisseur du monde rock, il côtoyait les figures emblématiques du genre et possède une culture inégalable sur le sujet. Il a longtemps partagé l’amitié du célèbre chanteur rock Alexander Bleach, un clone de Jim Morrison (mort à Paris à l’âge de 27 ans)…

Ce même Alex disparaît tout aussi brutalement en laissant à Vernon les cassettes enregistrées de ses confessions réalisées sous l’empire de l’alcool et de la drogue… Hélas, Vernon chassé de son domicile, aux abois et ayant perdu jusqu’à son RSA, laisse ces précieux documents en gage entre les mains d’une amie avant d’errer d’hébergement en hébergement temporaires et instables, chez des amis ou anciennes relations féminines, pour finalement se retrouver à la rue… Là commencera la légende de Vernon Subutex. C’est du moins ce que j’imagine à la fin de ce premier opus…

Le style de Virginie Despentes colle parfaitement au sujet. Il est incisif, carré, voire violent à certains égards. L’étude du milieu laisse entrevoir un univers de personnages souvent marginaux, atypiques pour le moins, voire psychiquement instables et addicts aux drogues les plus variées, dont le sexe ! Vernon est un peu caricaturé dans son rôle d’ancien disquaire fan de rock (il pourrait ressembler au guitariste des Stones), les femmes sont souvent hystériques et les hommes assez machos malgré un discours libéré. Mais c’est souvent ainsi dans notre monde policé mais dévergondé en coulisses.

Ce qui retient particulièrement l’attention dans cet ouvrage, c’est la grande qualité presque cinématographique de l’immersion dans l’univers parisien avec ses contradictions, ses addictions variées, ses préjugés. C’est un roman citadin au sens fort du terme. L’apogée en revient à cette situation de SDF si bien décrite, comble de la déchéance dans les grandes métropoles, déchéance que chacun craint de vivre un jour au détour d’une suite de hasards malheureux que la vie s’ingénie à inventer (perte d’emploi, divorce, maladie…). La précarité est devenue un symbole majeur de la ville au même titre que la réussite sociale, son pendant.

Terriblement actuel, ce roman donne des pistes de réflexion, une grille de lecture originale sur notre monde ; C’est probablement ce qui fait sa force. En allant au-delà de la trame romanesque (bien mince en vérité), on baigne avec satisfaction et appréhension dans un océan d’humanité fébrile, à la fois pitoyable et magnifique. Virginie Despentes rend un hommage fasciné et fascinant pour une cité de tous les excès comme Giono en son temps rendait hommage à la vie rurale et paysanne surannée mais tellement humaine.

A n’en pas douter, cette série restera un temps fort de la littérature actuelle comme un témoignage d’une époque qui se cherche et dont les dieux éphémères sont autant de miroirs aux alouettes. Ce qui compte, c’est l’humanité dans ce qu’elle est grande et mesquine, petite mais chatoyante. Je vais entreprendre la lecture des opus deux et trois. Il me tarde de savoir jusqu’où Virginie Despentes va entraîner le lecteur…

 

Michelangelo 2017-06-27

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Published by MichelAngelo - dans Romans
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