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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 18:37

Hervé Commère est un écrivain de polars atypique qui monte dans la hiérarchie des grands du genre. Je l’ai tout de suite senti à la lecture de ses premiers ouvrages et cette impression s’est confirmée lors de nos deux rencontres fugaces mais riches… Il émane de cet homme une aura indéfinissable faite de bienveillance et de doute qui ne laisse pas indifférent.

Ce dernier roman qui navigue entre policier, étude historique, étude sociale et psychologie, confirme tout le bien que je pense de cet homme que j’ai trouvé bien trop modeste (l’est-il resté ?), au regard acéré et à l’écriture brillante.

Le soir de la victoire des bleus à la Coupe du Monde, en juillet 1998, trois jeunes prêts à dévorer la vie à pleines dents renversent une jeune femme et cachent leur méfait. Une autre femme est violée par un vendeur de jouets qu’elle connaît (situation à la limite du grotesque inimaginable avec un personnage au visage enfantin et à mille lieues de ce qu’il pourrait inspirer de par sa profession).

Ce nœud temporel va être un point d’arrêt pour les protagonistes et les victimes. Leur vie va continuer en apparence mais l’enquête menée presque vingt années après par William, brillant commissaire et la vente de l’entreprise familiale et paternaliste Cybelle dans le Nord, vont révéler une toute autre réalité.

Qui osera aller de l’avant, dépasser la honte et la douleur profondément enkystées comme de diaboliques cancers ? Où est la vérité ? Qui ment, qui parle juste ? Que cherche William ? La vérité ou sa propre légitimité ?

La création après la première guerre mondiale, puis la célébrité de la Maison Cybelle permettent aux fondateurs d’offrir aux ouvriers et à la petite ville normande de Vrainville une sécurité sans équivalent. La désindustrialisation, la mondialisation et les rachats par les fonds de pensions américains vont faire voler en éclats cette tranquille permanence de plus de soixante ans. Hervé Commère en fait un décor subtil et réaliste dans lequel il tisse une toile où le lecteur va se trouver l’heureux prisonnier d’une intrigue riche et complexe.

Comme à son habitude, Hervé Commère utilise un style cinglant, vif et taille dans la masse, bousculant au passage son lecteur qu’il ne ménage pas. Sa présence, l’aspect introspectif de l’auteur sont forts et ne laissent pas le lecteur indifférent. L’émotion est bien là qui grandit au fil des pages. Et que dire du dénouement si ce n’est qu’il ouvre des portes sans donner de solution tangible ?

Le fil conducteur est existentiel sans être existentialiste à la manière d’un Sartre. C’est le même qui préside, de façon plus ou moins visible, au déroulement des romans d’Hervé Commère. Il nous rappelle constamment que l’on n’est pas complètement maître de son destin, que l’on regarde trop souvent en arrière par peur de regarder en avant, que la vie, c’est devant et pas ailleurs, que le futur se dessine et qu’on n’y échappera pas. On verra… (*)

Cette philosophie reçoit un écho particulier au moment où les français choisissent de bousculer des habitudes politiques qui font plus penser à un repli sur soi qu’à une grande ouverture sur le Monde et les Autres pour aller vers un inconnu pas encore imaginé. Hervé Commère serait-il, à sa façon, un écrivain politique engagé ?

 

Michelangelo 2017-05-20

 

(*) Citation : On ne voit jamais tout complètement, on avance, on ne sait pas. On verra. Page 396

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Published by MichelAngelo - dans Romans
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