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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 17:21

L’opération mise en place par Babelio avec l’aimable participation des éditions Libretto m’a permis de découvrir ce livre peu ordinaire, notes de voyage en Afrique noire largement commentée par l’auteur polonais d’origine russe, Ferdynand Ossendowski. Qu’ils en soient vivement remerciés !

Ma première surprise fut de constater que cet ouvrage est une réédition, et que la première publication date des 1931. C’est un élément important pour bien comprendre la suite.

A l’origine, Ferdynand Ossendowski, auteur scientifique part explorer l’Afrique noire dans le but de réaliser un reportage exotique et scientifique dont il devra rapporter des spécimens de flore et de faune sauvages.

Pourtant, très vite, on comprend que l’auteur, envoûté par ce continent mystérieux et grandiose, ces peuples déroutants, va faire œuvre de sociologue, d’historien et de poète et réunir une collection inestimable de personnages, de traditions qu’il sent partir vers l’oubli sous les coups de la modernisation gagnante, de la déforestation et des massacres en tous genres, hommes et bêtes.

Le style est un peu désuet, mais agréable. Certaines idées et l’usage d’un certain vocabulaire d’époque heurtent parfais le lecteur du 21ème siècle que je suis.

Ainsi, on y parle communément de nègres et négresses, de mulâtres… Le gentil colonisateur n’oublie pas de rappeler le fantastique apport de la race blanche auprès de ces noirs forcément démunis, passifs et incapables de s’élever seuls vers la civilisation.

L’exploitation des énormes richesses locales est gérée par les seuls envahisseurs blancs, pour le bien des nègres qui trouvent là un travail et peuvent espérer à leur tour s’enrichir, s’ils le souhaitent…

Mais on comprend que ce sont d’abord les colons qui vivent dans l’opulence et maîtrisent les leviers de ce pouvoir économique. Leurs demeures sont vastes, richement meublées. Ils organisent de grandes fêtes, de grands repas. Ils pratiquent la chasse dans des proportions inégalées, tuant tout gibier qui se présente, singes, oiseaux variés, antilopes, hippopotames, éléphants, panthères, lions, faisant couler le sang à flot dans une débauche sans nulle autre pareille !

Le sauvage nègre s’enivre du goût du sang des animaux tués en grand nombre, enfant intimidé par la nature, esclave des traditions et des préjugés, il manifeste néanmoins des qualités humaines. A contrario, la négresse a un développement moral et intellectuel cent fois plus arriéré. Elle ne conçoit pas très clairement l’idée de la fidélité conjugale… (P239) Elle est, d’une certaine façon, responsable de la polygamie qui sévit en Afrique !

Ces propos, complètement déplacés de nos jours, sont évidemment à resituer dans cette époque coloniale de l’entre-deux guerres. Ils en disent long sur l’état d’esprit ambiant de l’époque ! Que de chemin parcouru depuis… Quoique ! On a aussi le sentiment que l’histoire peut se répéter invariablement. Le réveil des consciences racistes et xénophobes qui agite actuellement la planète fait l’impasse sur nos propres errements passés. Alors que certains propos de Ferdynand Ossendowski prêtent à sourire, c’est une certaine forme d’effroi qui me saisit quand je vois revenir au galop ces poncifs racistes énoncés par des individus ayant l’extrême certitude d’appartenir à une race supérieure

Le livre de Ferdynand Ossendowski, avec ces faiblesses dues à une façon de penser d’abord colonialiste, possède le grand mérite de restituer une Afrique maintenant disparue. Celle des cannibales, dont l’intérêt est avant tout ethnologique, bien entendu. Mais aussi de cette Afrique foisonnante, peuplée de tribus d’une grande variété et aux traditions multiséculaires, recelant également une faune d’une extrême diversité dans une flore équatoriale exubérante.

Il nous montre, en historien avisé, l’apogée d’une colonisation assumée, censée apporter le progrès, construire des routes, des voies ferrées, des ports, soigner les multitudes… Même si l’on sait avec le recul que ces bienfaits apportent aussi la dépendance des autochtones, et  la destruction inévitable de civilisations et d’écosystèmes irremplaçables.

 Voilà un document qui sort de l’ordinaire et que chacun devrait avoir lu pour comprendre l’origine du  monde moderne et éviter de répéter cent fois les mêmes erreurs.

 

Michelangelo 2017

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Published by MichelAngelo - dans Philosophie
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