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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 10:35
Les vraies richesses de Jean Giono

Ceci n’est pas un roman. Ceci n’est pas un essai. Ceci n’est pas une œuvre philosophique. Ceci est du Giono !

Après avoir écrit Que ma joie demeure, hymne à la nature et à la campagne, il semble que Giono ait eu l’occasion de s’expliquer auprès d’amis intimes sur le sens qu’il donnait à la joie, confortant ainsi les bases qui ont prévalu à l’écriture de son roman (préface).

Cela donne un florilège de belles descriptions, de magnifiques envolées à la gloire de la paysannerie et de la nature, tous deux vivant en parfaire harmonie.

Malheureusement, cette belle harmonie est menacée par la ville et ses miroirs aux alouettes, son argent facile et ses valeurs tronquées. Le paysan arrête de faire son pain pour vendre son blé et récolter de l’argent. Il s’éloigne alors des vraies valeurs et perd sa dignité.

Giono ne peut écrire que du Giono. Il va dans l’outrance et on lui pardonne beaucoup. Sa nostalgie bien réelle s’appuie sur un monde en voie de disparition. Les bœufs et le laboureur, les forgerons, le four banal disparaissent au profit de l’agriculture intensive après 1945 (Les vraies richesses est écrit en 1936).

Sa définition de la joie se confond avec celle du bonheur selon Giono. Il suffit de se trouver à sa place, dans le grand puzzle de la nature, au milieu des siens, pour éprouver de la joie.

La joie, c’est se sentir à sa place, en résonnance avec le monde, ne pas être anéanti par la modernité qui nous transforme en êtres malheureux, avides de fausses richesses inutiles et sans vraies perspectives.

Si j’adhère complètement à la vision de Giono concernant ce que devrait être l’humanité, avec ses valeurs d’amitiés, de solidarité et d’entraide basées sur le respect de la nature, du temps et des choses simples mais fondamentales, je suis dubitatif sur certaines envolées où l’on voit la forêt reconquérir les villes puis Paris à grands coups de germination envahissantes et sans contrôle. Je préfère considérer cela comme une gigantesque poésie dans laquelle les émotions l’emportent sur le réel, C’est cela aussi Giono, magnifier le simple ou le pathétique pour en sortir une poésie débridée qui s’écoule comme un fleuve tortueux et puissant.

Il reste un style incomparable, une générosité et une vision originales. Les vraies richesses sont celles des pages de Giono, écrivain du terroir, sincère témoin d’un monde rural maintenant disparu vers lequel tant de gens voudraient retourner, mais en vain. On ne refait pas ce qui a été défait. On refait autrement. C’est la leçon qu’on peut tirer de cet ouvrage dense et généreux. L’humanité porte en elle une intelligence du cœur qui peut entrer un jour à nouveau en résonance avec le monde dans lequel elle vit… Avant qu’il ne soit trop tard…

Michelangelo 2016

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Published by MichelAngelo
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