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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 10:55
La vie devant soi de Emile Ajar (Alias Romain Gary)

Mohammed est le fils d’une prostituée parisienne qui échoue dans la pension de Madame Rosa. Elle devient alors sa seule famille. Madame Rosa, ancienne prostituée elle-même, s’est reconvertie en garde d’enfants un peu particulière à Belleville… C’est une juive miraculée du camp d’Auschwitz qui porte en elle la terreur accumulée lors de cette tragédie. Fatiguée, grosse et malade, elle va nouer avec Momo une relation quasi maternelle forte et partagée. L’amour que lui porte Momo jusqu’à la fin lui permettra d’éviter ce qu’elle redoute le plus : finir comme un légume à l’hôpital.

Voilà bien longtemps que j’avais présent à l’esprit l’impérieuse nécessité de lire ce roman goncourisé en 1975. J’ai réalisé dès les premières pages l’erreur que j’avais commise de remettre cette lecture à plus tard…

Dans le roman, c’est Momo qui relate sa relation avec madame Rosa. L’auteur reprend donc l’écriture et les tournures qui pourraient être celles d’un jeune enfant. Cela donne un ensemble crédible et imagé, teinté d’humour et de drôlerie. Le style est léger, la vision du monde celle du regard d’un enfant malmené par la vie et pourtant plein d’espoir pour le futur.

Les sentiments forts émergent derrière les mots enfantins, les bizarreries grammaticales et les vérités que seul un enfant est capable d’évoquer sans fard, à l’état brut. Loin des précautions d’écriture et des artifices littéraires traditionnels, le monde cruel de Momo et Rosa nous apparaît dans sa vérité nue, implacable et terrible où l’ironie et l’humour nous évitent de sombrer dans la plus inutile des compassions pour ces personnages si réels et attachants.

L’univers de ce Paris oublié de l’après-guerre, des petites gens, de la prostitution et des quartiers populaires nous apparaît au travers des yeux de cet enfant avec une précision historique et sociologique d’autant plus convaincante qu’elle émerge de ce filtre naïf qui déforme la réalité pour mieux nous la faire sentir de l’intérieur.

Ce beau roman fait d’espoir et de douleur, d’amour et de haine, transcende la nature humaine dans ce qu’elle a de plus beau et de plus haïssable à la fois. C’est une gifle autant qu’une caresse. Une œuvre forte et originale. Un chef d’œuvre d’écriture et d’humanité…

Michelangelo 2015

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Published by MichelAngelo - dans Romans
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