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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 18:53
Le tour du doigt de Jean Anglade

Il aura fallu l’opération « Masse critique » pour que je découvre cet auteur discret et prolifique ! Jean Anglade est un écrivain auvergnat encore surnommé le Pagnol auvergnat. Après avoir lu ce roman, je comprends pourquoi…

Le tour du doigt, expression imagée, indique combien une vie même bien remplie passe à une vitesse désespérément rapide : juste le temps de faire le tour d’un doigt...

Il s’agit ici de la vie de Jules Vendange, enfant issu d’une modeste famille paysanne qui voit dans l’accès à l’Ecole normale une solution pour s’élever dans la société et éviter ainsi de devenir un mangeur de fromage, chose illégitime pour un auvergnat de pure souche, mais qu’il déteste par-dessus tout !

La grande guerre le voit partir sur le front où il perdra une jambe et nombre de ses amis. Revenu vivant sur les bancs de l’école normale, il manifestera avec ses camarades sa réprobation devant le peu de considération dont l’administration et les professeurs font preuve à l’égard de ces anciens combattants mutilés dans leur chair et dans leur âme.

Il finit par être nommé instituteur stagiaire dans une petite commune où il passera le CAP d’instituteur et fera la connaissance d’une jeune femme d’origine antillaise, Automne, veuve de guerre à laquelle il fera la cour sans relâche jusqu’à obtenir sa main…

Jules Vendange est décrit comme un homme d’une grande humanité. Son passé de mutilé de la grande guerre lui pèse, tout comme sa jambe de bois arrivée si tôt dans sa vie. Sa passion pour son métier, cet amour pour les enfants dont il a la charge, ses difficultés à trouver l’amour de sa vie, ses doutes perpétuels et ses faiblesses font de lui un personnage d’une troublante et précise consistance qui m’a fait parfois venir la larme à l’œil.

Sans pathos excessif, Jean Anglade décrit le héros avec la précision d’un roman autobiographique. Ayant été lui-même instituteur, et l’ayant été moi-même, ses descriptions d’une vie de classe et du quotidien pédagogique sont d’un réalisme parfait. Certes, l’époque permettait certaines méthodes aujourd’hui strictement interdites telles les punitions corporelles, mais l’essentiel est ailleurs, dans cette justesse de ton qui rend la lecture passionnante et chargée d’émotion. Les enfants, les parents, les collègues, les amis sont tous porteurs d’une époque révolue, dure mais joyeuse et construite sur les valeurs sûres et communes.

Il n’est pas question de nostalgie à bon compte. C’est un peu une page d’histoire que Jean Anglade a écrite, une histoire auvergnate qui va bien au-delà des frontières de l’Auvergne et restera comme un beau témoignage d’une époque dont la simplicité même participe à forger le destin d’une humanité en perpétuelle recherche de ses racines.

Je remercie vivement Babelio et les Presses de la Cité pour m’avoir permis de lire ce très beau livre et de participer modestement au centenaire d’un romancier majeur dans le paysage francophone qu’on surnomme le Patriarche des Lettres Auvergnates.

Michelangelo 2015

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Published by MichelAngelo - dans Romans
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